jeudi 12 avril 2018

Les chemins de la haine


Pas de corps reconnaissable, pas d'empreintes, pas de témoin. L'homme brûlé vif dans l'abri de jardin des Barlow est difficilement identifiable. Pourtant la police parvient assez vite à une conclusion : il s'agit d'un travailleur immigré estonien, Jaan Stepulov. Ils sont nombreux, à Peterborough, ceux qui arrivent des pays de l'Est, et de plus loin encore, à la recherche d'une vie meilleure. Et nombreux ceux qui voudraient s'en débarrasser. Les deux policiers qui enquêtent sur le meurtre, Zigic et sa partenaire Ferreira, ne l'ignorent pas. N'éliminant aucune piste, le duo pénètre dans un monde parallèle à la périphérie de cette ville sinistrée par la crise économique, là où les vies humaines ont moins de valeur que les matériaux utilisés sur les chantiers de construction. Là où tous les chemins peuvent mener au crime de haine.




Commentaire:


J’ai lu ce roman policier dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle et je l’ai beaucoup apprécié. Parmi les 9 livres que j’ai été amenée à lire cette année pour le prix, il est le roman policier qui se détache nettement des huit autres. D’abord parce que l’auteur nous offre une intrigue complexe mais bien ficelée. Quand les deux policiers commencent leur investigation, ils pensent que le corps brûlé, retrouvé dans un abri de jardin  est celui de Jaan Stepulov, immigré estonien, qui avait quitté sa famille depuis quelques semaines pour retrouver son frère Viktor, disparu après avoir lancé un appel à l’aide. Le fameux Viktor est retrouvé ensuite ou plutôt ce qu’il en reste dans une morgue après avoir été écrasé par un train. Mais cet accident cache un meurtre maquillé. Qui a tué les frères Stepulov et pour quelles raisons ? L’enquête se tourne alors vers un clan de gitans peu respectueux de la loi (doux euphémisme !) qui exploite et terrorise de pauvres immigrés ayant atterri pour leur malheur entre leurs mains.

 Ce rebondissement met en lumière un des atouts de ce roman : c’est la réalité socio-économique de l’Angleterre en ce moment mais qui peut être la nôtre. Peterborough est une ville anglaise située à l’est du pays et comme bon nombre des villes européennes, elle souffre de difficultés économiques. Dans ce contexte difficile, l’arrivée de ces flux de migrants venus de pays de l’Est et du Sud de l’Europe dans l’espoir de démarrer une vie meilleure, cristallise toutes les rancoeurs et les haines des habitants du coin qui voient en eux des voleurs d’emplois alors qu’ils refuseraient de faire ces mêmes boulots mal payés. Dès lors que des individus sans scrupules exploitent et maltraitent quelques migrants ne dérange personne. Que ces mêmes migrants soient réduits à l’esclavage, tués quand ils se rebellent, ne scandalisera qu’un temps l’opinion publique quand elle sera mise au courant. Zigic et Ferreira qui mènent l’enquête et qui ont connu eux aussi les regards méfiants des autres « parce qu’à prononcer leurs noms est difficile » sont bien conscients que l’arrestation d’une poignée de ceux qui exploitent le malheur de pauvres immigrés isolés, n’est que le haut de l’iceberg. On sent beaucoup d’amertume dans ce roman policier et la nature humaine est bien désespérante. Une auteure à découvrir de toute urgence.

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