mercredi 25 mars 2020

La carrière du mal

Tueur en série, enquête, passé...

Lorsque Robin Ellacott reçoit ce jour-là un mystérieux colis, elle est loin de se douter de la vision d’horreur qui l’attend : la jambe tranchée d’une femme.
Son patron, le détective privé Cormoran Strike, est moins surpris qu’elle, mais tout aussi inquiet.
Qui est l’expéditeur de ce paquet macabre ? Quatre noms viennent aussitôt à l’esprit de Strike, surgis de son propre passé. Quatre individus capables les uns comme les autres, il le sait, des plus violentes atrocités.

Les enquêteurs de la police en charge du dossier ne tardent pas à choisir leur suspect idéal – mais Strike, persuadé qu’ils font fausse route, décide de prendre lui-même les choses en main.
Avec l’aide de Robin, il plonge dans le monde pervers et ténébreux des trois autres coupables potentiels. Mais le temps leur est compté, car de nouveaux crimes font bientôt surface, toujours plus terrifiants…

Commentaire :
Ce nouvel opus de Robert Galbraith met nos nerfs à rude épreuve. En effet, dès les premières pages, on bascule dans le meurtre sordide : Robin la secrétaire de Cormoran Strike reçoit un colis dans lequel se trouve une jambe de femme. A quelle malheureuse appartient-elle ? Qui l’a tuée et démembrée ? Et surtout pourquoi avoir envoyé le paquet directement à Cormoran ? Rapidement il a la conviction que le tueur se trouve certainement parmi des hommes qui font partie de son passé. Aussi parallèlement à une enquête très longue (726 pages !) qui nous emmène sur de fausses pistes, l’auteur nous régale avec la vie de Cormoran, notamment sa jeunesse qui ne faut pas une sinécure. Mais mieux encore, cette enquête resserre les liens qui existent entre Cormoran et Robin, dont la vie est mise en danger, à la grande terreur de Cormoran.

Le chemin est donc long avant la révélation finale qui m’a surprise alors que je pensais avoir découvert le coupable (décidément je suis nulle pour comprendre les indices) mais j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, surtout quand on se demande si Robin va vraiment épouser son crétin de fiancé. La suite au prochain numéro !

Challenge Multi-défis 2020
Challenge Pavés 2020
Challenge Mauvais Genre 2020

samedi 21 mars 2020

Les enfants perdus de Ste-Margaret

Fille-mère, Angleterre, maltraitance, meurtres...

Des lettres bouleversantes.
Une jeune femme enfermée.
Un mystère à résoudre.
1956. Ivy Jenkins s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Mais la société puritaine britannique des années 1950 ne lui permettra pas de profiter de ce bonheur. Abandonnée par son amant, répudiée par sa famille, elle est internée de force à St. Margaret, un couvent pour mères célibataires. Très rapidement, l’institution la sépare de son bébé. 2017. Samantha Harper, une jeune journaliste, tombe sur des lettres déchirantes qui révèlent les terribles conditions de détention d’Ivy Jenkins à St. Margaret. Au fil de ses recherches, elle découvre une série de morts suspectes. Alors que le couvent est sur le point d’être démoli, il ne lui reste plus que quelques heures pour faire éclater la vérité. Avant qu’elle ne soit ensevelie à jamais...

Commentaire :
Vous souvenez-vous du film magnifique de Peter Mullan « The Magdalene sisters », sorti en 2001 ? Le réalisateur s’était intéressé au sort de ces jeunes filles rejetées par leurs familles pour avoir fauté (enfin la définition du mot faute étant très large, une jeune fille violée étant considérée comme fautive…) et qu’on avait envoyé dans ces institutions dites charitables, tenues par des sœurs que n’étouffait pas la charité chrétienne, et qui les maintenait dans une forme d’esclavage en les faisant travailler toute la journée. Ici régnaient l’intolérance, la méchanceté voire la cruauté. Elles ne pouvaient en sortir que si un homme (père, mari ou frère) venait les chercher. Le roman d’Emily Gunnis évoque ces mêmes institutions en Angleterre, dans le Sussex.

Le roman commence par une lettre écrite par une certaine Ivy, lettre déchirante adressée à Elvira, pauvre gamine enfermée dans cette institution (quel péché doit-elle payer ?) où elle la supplie de s’enfuir car pour elle, c’est fini, on vient la chercher pour l’emmener dans un asile psychiatrique. Puis, on bondit dans le temps et on fait connaissance avec une journaliste Sam, ballottée entre un supérieur hiérarchique qui ne lui donne que des rubriques « chiens écrasés » à faire et un mari qui la quitte. Sa vie va changer le jour où elle trouve dans les mains de sa grand-mère une lettre d’Ivy… Décidée à comprendre qui est cette Ivy, Sam va découvrir les secrets qui se sont longtemps cachés entre les murs de Ste-Margaret, cette institution qui va être détruite d’ici peu. Sa quête va lui permettre de déterrer d’étranges morts et une part de son passé.

On est très vite happé par cette histoire, par le sort de malheureuses condamnées à vivre sous la férule de religieuses étriquées persuadées d’agir pour le bien de ces pécheresses, et ce, avec la complicité hypocrite de la société. L’auteure s’intéresse plus particulièrement à l’enquête que mène Sam mais les quelques lettres d’Ivy qui parsèment le roman, permettent de découvrir l’univers des endroits épouvantables. Pour information, les derniers « Magdalen laundries » en Irlande ont fermé seulement en 1996...

Challenge Multi-défis 2020



jeudi 19 mars 2020

L’Aile des vierges

Domesticité, XXe siècle, condition des femmes, amour, sacrifice...

Angleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l'allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd. Car aujourd'hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d'une féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe. Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s'installer dans une chambre de bonne.
Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n'est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu'elle n'est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d'un long chemin passionnel vers la liberté.


Commentaire : 
Je ne connaissais pas Laurence Peyrin, c’est chose faite maintenant après la lecture de ce roman qui m’a fait passer un très agréable moment de lecture. Ce n’est pas le chef d’œuvre de l’année, mais l’intrigue est correcte, l’écriture aussi, que demander de plus ? Un personnage féminin plus sympathique peut-être, en tout cas moins têtue voire bornée. Quand Maggi Fuller arrive comme domestique dans un magnifique manoir, elle a bien du mal à accepter ce qu’elle considère comme une dégringolade sociale. Elle dont la mère et la grand-mère ont été de farouches féministes, va devoir servir des aristocrates, vider les pots de chambres, etc. Et si la personnalité de Pippa-ma-chère (Lady Lion-Thorpe, maîtresse du manoir) la conforte dans le rejet de tout ce qui est noble, la présence de Lord John Lyon-Thorpe la trouble profondément. Les voilà bientôt amants, que c’est risible se dit-elle, le maître et la soubrette, une chanson connue et qui ne peut pas durer. C’est du moins ce que se dit Maggie qui ne veut pas croire que c’est possible. Et il lui faudra des années et un continent différent pour accepter l’amour de ce John.

C’est donc un roman agréable à lire, certains chapitres sont légers, d’autres plus graves, on n’échappe pas à quelques facilités (ah les mains de John !) mais au bout du compte, cela fait du bien cette lecture en ces temps anxyiogènes.


mardi 17 mars 2020

L’archipel des lärmes

Féminicide, enquête, condition féminine...

Une nuit de février 1944 à Stockholm, une prostituée est retrouvée morte, clouée au sol, par Elsie, l’une des premières femmes à être entrée dans la police suédoise. Trente ans plus tard, une autre femme est assassinée dans la même banlieue endormie. La mise en scène est identique - le viol, le cadavre, les clous. Britt Marie tente de mener l’enquête en dépit des difficultés qu’elle rencontre dans un milieu d’hommes. Malgré cela, le meurtrier récidive dans les années 80 et c’est Hanne en tant que profileuse, qui va participer à la chasse à l’homme. Lorsque, de nos jours, une nouvelle victime similaire est découverte sous un parking en cours de démolition, l’affaire est confiée à Malin, jeune policière de Stockholm bien décidée à ce que la série de meurtres s’achève là. Mais pour toutes ces femmes flics liées par ce terrible tueur en série, les conséquences de cette traque pourraient s’avérer dévastatrices.

Commentaire :
J’ai découvert Camilla Grebe en lisant « Un cri sous la glace » qui m’avait beaucoup plu. Aussi n’ai-je pas hésité quand j’ai vu que je pouvais  lire « l’Archipel des lärmes » grâce aux Editions Calmann-Lévy et Netgalley que je remercie au passage. L’intrigue policière se déroule sur plus de 70 ans et met en lumière quatre femmes qui vont être confrontées à des meurtres suivant le même modus operandi : à l’exception de la première victime qui est mariée et a 8 enfants, toutes les autres sont célibataires avec un enfant et elles sont tuées de la plus horrible des façons, clouées au sol…

Le roman se découpe en quatre parties, la première est vite expédiée (je ne vous dirai pas pourquoi) mais le personnage d’Elsie, la jeune auxiliaire qui découvre la première victime, va hanter les esprits des trois autres femmes, notamment sa fille Britt-Marie qui se retrouve confrontée aux meurtres de cet Assassin. Est-ce la même personne ou un copy cat ? Britt-Marie devient vite obsédée par cette affaire d’autant qu’elle se sent quelque part obligée d’agir par rapport à sa mère. Mais son supérieur accepte mal sa présence dans la police, rejette ses suggestions avec mépris, considérant que sa place est à la maison. C’est ce qui est intéressant aussi dans ce roman : on voit comment les femmes ont pu, peu à peu, s’imposer dans un métier que certains considéraient comme uniquement accessibles aux hommes. On voit aussi, à travers le personnage de Hanna, l’apparition de profileuses, suscitant chez ceux qui l’écoutent un scepticisme à peine voilé. En tout cas, les années passent et les meurtres reviennent sans qu’on trouve le coupable. L’auteure nous envoie  sur de fausses pistes, j’ai cru longtemps que le criminel se cachait parmi des gens hors de tout soupçons, j’ai donc été stupéfaite quand le véritable assassin nous est révélé. J’ai donc passé un très bon moment de lecture et je vous recommande ce roman.


dimanche 1 mars 2020

Nid de guêpes

Mensonge, escroquerie, meurtres, chantage, famille...

Venin d'amour est-il mortel ? Obsession, jalousie, folie et faux-semblants...Après Ce qui ne tue pas, la reine du suspense à l'anglaise frappe encore et livre un roman haletant, venimeux, aux apparences aussi trompeuses que dérangeantes. Anna est une femme bien. En tout cas, c'est ce qu'elle se raconte. Oui, elle a commis des erreurs, mais qui n'en fait pas ? Directrice d'école, mère de famille, épouse aimante, Anna a enterré son passé, reconstruit sa vie. Puis, un jour, une voix à la radio : celle de Scott, l'homme qu'elle a aimé follement ; celui qui l'a brisée et qu'elle a vu mourir quatorze ans plus tôt. Anna panique. Comment préserver son monde de mensonges si fragile ? Qui est-elle vraiment ? Et où trouver de l'aide ? Car Scott a proféré une menace : dans une semaine, il livrera les noirs secrets d'Anna au pays tout entier. Sept jours pour le traquer, le stopper, le détruire. Mais comment lutter contre un fantôme ?

Commentaire :
Ce roman correspond à la cinquième enquête de Tom Douglas mais comme dans la précédente aventure « La disparue de Noël », cet inspecteur n’est pas le personnage principal. Toute l’intrigue se concentre sur Anna Franklyn, je devrais même dire que l’intrigue se resserre sur elle. Car cette femme, directrice d’école, offre de multiples visages : une professionnelle compétente, une mère adorable et parfaite mariée à un homme adorable que tout le monde aimerait rencontrer dans sa vie. Mais elle est aussi une menteuse, menant une double vie le soir. Alors certes, elle a des excuses, sur elle, pèse le poids de son passé : il y a 14 ans à Manchester, elle a rencontré un charmant jeune homme, Scott, mais à cause de lui, sa vie a basculé dans le mensonge, les escroqueries et le chantage. Son mari n’est pas au courant de ce qui s’est passé, 14 ans auparavant, il ignore tout de Scott. Et puis, un jour, à la radio, Scott qu’elle croyait mort, annonce qu’il révèlera dans une semaine tout ce qu’il a vécu avec Spike (surnom d’Anna dans sa jeunesse). Dès lors, Anna a une semaine pour éviter que sa vie vole en éclats. Parallèlement, l’équipe de Tom Douglas enquête sur la mort d’un homme retrouvé étranglé dans sa voiture, un certain Cameron Edmunds…

Autant dire que j’ai dévoré ce roman, il vous tient en haleine jusqu’à la fin. Ce rythme trépident  fonctionne bien grâce à une alternance entre les chapitres dans lesquelles Anna s’exprime maintenant, ceux qui évoquent son passé et ceux qui déroulent l’enquête de Tom Douglas. Ce parti pris nous permet peu à peu de comprendre le drame central vécu par Anna et qui a encore des répercussions dans sa vie actuelle, de saisir quel piège se referme sur elle d’autant que la police commence à s’intéresser à elle. Le seul petit bémol, c’est que j’ai compris qui se jouait d’Anna. La fin de l’enquête n’a donc pas été une surprise mais, heureusement, Rachel Abbott aime bien jouer avec les nerfs de ses lecteurs et la toute fin est surprenante et nous laisserait presque espérer une suite.

Je remercie donc les Editions Belfond et Netgalley de m’avoir permis de lire ce roman que je recommande à tout le monde.

Challenge Plumes féminines 2020




mercredi 19 février 2020

Galant et scélérat

Abandon, maltraitance, amour, pardon, reconstruction...

Londres, 1871. Quand leurs chemins se croisent à nouveau alors que Lavinia court un grand danger dans les rues malfamées de Whitechapel, impossible de renier le désir qui crépite entre eux. Finn Trewlove, son premier amour – le scélérat qui l’a abandonnée huit ans plus tôt alors qu’ils devaient s’enfuir pour protéger leur futur enfant –, vient de la secourir. Surgi de l’ombre comme un spectre du passé, Finn est un traître dont il lui faut s’éloigner, sur-le-champ, malgré la sincérité qui semble creuser ses traits. 

Commentaire :
« Galant et scélérat » est le troisième tome de la série « La saison du péché » (j’ai lu les deux autres d’ailleurs) qui met en scène un couple que, socialement, tout sépare. Lavinia appartient à la noblesse et depuis sa naissance, elle est destinée à se marier avec un duc alors que Finn est un enfant illégitime qui a grandi au cœur de Whitechapel en compagnie de 3 autres « frères » comme lui, rejetons ignorés et abandonnés. Leur histoire se déroule en deux temps : leur rencontre en 1861 et le début d’un amour fou entre eux deux qui s’est terminé brutalement, chacun pensant que l’autre l’a abandonné ; et leurs retrouvailles dix ans plus tard, dans une ruelle sordide de Whitechapel où Finn vient à la rescousse de Lavinia. Bien évidemment, sitôt remis l’un en face de l’autre, l’amour rejaillit même s’il se teinte de méfiance et de reproches car chacun est persuadé que l’autre est responsable de ce qui s’est passé dix ans plus tôt. Heureusement les malentendus sont vites dispersés et les deux jeunes gens peuvent ainsi se retrouver.

Le roman est agréable à lire, on retrouve les mêmes ingrédients que dans les tomes précédents : deux individus venant de deux milieux sociaux différents et qui doivent lutter contre les préjugés de leur époque pour enfin vivre ensemble. Le tome permet aussi à l’auteure d’évoquer le nombre d’enfants nés de liaisons illégitimes,  abandonnés et recueillis par des matrones plus enclines à empocher l’argent du péché  qu’à les élever.  Les deux personnages principaux sont bien équilibrés, le déroulement de leur relation est certes classique mais plausible et pas trop précipitée. Autour d’eux, des personnages secondaires, sympathiques comme Aiden (un des frères de Finn) ou ignobles comme la mère de Lavinia (enfin une méchante, méchante jusqu’au bout !) donnent du relief à cette histoire et donnent envie de lire la suite de cette série. 

Je remercie les Editions Harlequin et Netgalley d'avoir pu lire ce roman.

Challenge Multi-défis 2020
Challenge Plumes féminines 2020

mercredi 12 février 2020

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins

Deuil déni, souffrance, relation père-fils...

C'est l'histoire de Guille... C'est l'histoire d'un petit garçon débordant d'imagination qui voue un amour sans bornes à Mary Poppins. L'histoire d'un père un peu bougon, qui vit seul avec ce fils sensible et rêveur dont il a du mal à accepter le caractère. D'une institutrice qui s'inquiète confusément pour l'un de ses élèves qui vit un peu trop dans ses rêves. D'une psychologue scolaire à qui on envoie un petit garçon qui a l'air d'aller beaucoup trop bien. Quel mystère se cache derrière cette apparence si tranquille, et pourtant si fragile ?

Commentaire :

J’ai découvert ce roman à la bibliothèque par hasard, sa couverture m’a tout de suite attirée (je la trouve poétique) et le titre m’a fait sourire. Je n’ai pas regretté ce choix, ce beau roman m’a bouleversée.

Guille semble au départ un petit garçon ordinaire. Alors, certes, il est un peu rêveur, préfère Mary Poppins au foot, passe ses récrés avec sa voisine de table, petite pakistanaise perdue derrière son voile. Et on ne voit pas au départ pourquoi l’institutrice s’inquiète parce que, au jeu de « Quand je serai grand je veux être… », Guille a répondu « Je veux être… Mary Poppins ». Et quand elle contacte une psychologue scolaire, on se dit qu’elle exagère. Mais devant Maria –la psychologue- Guille se dévoile par dessins et post-it interposés révélant peu à peu une immense absence, une immense douleur. J’ai deviné rapidement ce que cachait l’absence de la maman mais je n’avais pas compris que le plus malheureux n’était pas forcément Guille. La dernière scène montrant Guille et son père m’ont fait pleurer, c’est rare que je sois saisie par l’émotion mais là j’ai fermé ce livre la gorge serrée.
Ce roman aborde un thème tragique, celui du deuil,  avec beaucoup de délicatesse, beaucoup de pudeur. On devrait sans doute le conseiller à nos députés…

samedi 25 janvier 2020

Victime 2117

Terrorisme, migration, morts, vengeance, famille...

Le journal en parle comme de la « victime 2117 » : une réfugiée qui, comme les deux mille cent seize autres qui l'ont précédée cette année, a péri en Méditerranée dans sa tentative désespérée de rejoindre l'Europe.
Mais pour Assad, qui oeuvre dans l'ombre du Département V de Copenhague depuis dix ans, cette mort est loin d'être anonyme. Elle le relie à son passé et fait resurgir de douloureux souvenirs.
Il est temps pour lui d'en finir avec les secrets et de révéler à Carl Mørck et à son équipe d'où il vient et qui il est. Au risque d'entraîner le Département V dans l'oeil du cyclone.
Qui est Assad ? Victime 2117 est la réponse. Cette enquête est son histoire.

Commentaire :
Tout commence sur une plage chypriote : un bateau sur lequel se sont entassés des dizaines de migrants fuyant la misère ou la guerre a coulé et des corps viennent s’échouer sur la plage. Parmi les victimes, une femme surnommée « victime 2217 » fait la une des journaux. Mais cette victime n’est pas une inconnue pour Assad, le coéquipier de Carl. Elle s’appelait Lely Kababi, venait de Syrie et elle représente le passé d’Assad. Cette mort va l’obliger à dévoiler son passé qu’il taisait jusqu’ici et le remettre face à son pire ennemi, un irakien dénommé Ghaalib qui, 18 ans plus tôt, l’a arraché à sa femme enceinte et à ses deux filles. Depuis, Assad les a cherchées partout… en vain… Mais Ghaalib a lui aussi débarqué sur cette plage chypriote et il a l’intention de punir Assad mais aussi de punir l’occident. Son plan ? Commettre un attentat sanglant devant les yeux d’Assad. La cruauté de Ghaalib n’a d’égal que son machiavélisme car il manipule Assad en l’obligeant à le suivre jusqu’en Allemagne. Alors qu’Assad et Carl se rendent là-bas, Ghaalib affûte son plan. Pendant ce temps, Rose et Gordon du département V font face à un jeune détraqué qui menace de décapiter des inconnus…

Autant dire que ce nouveau roman de Jussi Adler-Olsen joue avec nos nerfs. Jusqu’à la dernière page, on se demande si ce détestable Ghaalib va réussir à perpétrer cet attentat et faire disparaître le coéquipier de Carl. Et on est au plus près d’Assad, pour la première fois il n’est plus ce policier qui aide Carl dans ses enquêtes. Le mystère qui l’entourait s’est dissipé, on comprend enfin pourquoi, de temps en temps, il disparaissait, avec qui il se disputait au téléphone. L’intrigue permet d’éclairer le parcours d’Assad, de le révéler en tant que soldat, mari, père, de le voir comme un homme brisé par la disparition de sa famille mais en même temps il ne cède pas et met tout son talent à pister Ghaalib. C’est éprouvant, très éprouvant même surtout quand on découvre les préparatifs de l’attentat, et le cynisme déployé pour que personne ne se rende compte trop tard qu’un attentat va être commis. Aussi, en regard de l’intensité de l’action principale, j’ai trouvé que l’histoire autour du jeune détraqué était plutôt fade. Est-ce pour faire réapparaître une  Rose en pleine forme que l’auteur a voulu installer l’intrigue secondaire ? En tout cas, je vous recommande ce nouvel opus qui évoque des thèmes d’actualité qui, malheureusement, ne sont pas prêts de disparaître.


Cendres dans le vent

Guerre de Sécession, Amour, ruse, meurtres, vol...

En 1863, la Nouvelle-Orléans est aux mains des Nordistes. Alaina, l'ardente beauté sudiste, vient y chercher refuge après le massacre de sa famille. Ses dix-sept ans lui permettent de se faire passer pour un jeune garçon et c'est sous les traits de "Al" qu'elle est sauvée par un médecin Yankee, Cole Latimer. Bien que tout la porte à le haïr, elle se sent troublée... Quant à lui, il ne voit en elle qu'un gamin frondeur. Puis une nuit, il a la révélation d'une créature de rêve, d'une inconnue, dont le corps est seulement vêtu de mystère... Mais leur histoire ne fait que commencer et bien des aventures les attendent encore...

Commentaire :
La relecture de « Shanna », autre roman de Kathleen Woodiwis, m’a donné envie de relire « Cendres dans le vent » (quel titre !) qui s’avère être la première romance que j’ai lue il y a plus de vingt ans. C’est l’ouvrage qui m’a fait regarder d’un autre œil les couvertures criardes (et hélas très souvent ringardes) de la collection Aventures et Passions chez J’ai Lu et qui m’a amené à lire de très nombreuses romances de valeur très inégale,  il faut bien le dire.  J’ai adoré cette relecture car elle m’a permis d’abord de constater à quel point les intrigues actuelles sont souvent fades, ancrées dans des périodes historiques dont on parle à peine et qui servent juste de prétexte à tel imbroglio ou rebondissements romanesque dans  lesquels se débattent des personnages mal construits.

« Cendres dans le vent » se déroule pendant la guerre de Sécession et l’auteure ne se contente pas d’en faire un simple décor d’arrière-plan. Au cours de l’intrigue et des événements qui sont vécus par Alaina, l’auteure fait souvent référence aux phases de cette guerre fratricide. Et ce fonds historique fait partie intégrante de l’intrigue qui se déroule en deux parties. La première voit s’opposer un homme et une femme : le Dr Cole Latimer est un médecin, nordiste convaincu, qui officie dans un hôpital de La Nouvelle Orléans ; la première fois qu’il voit Alaina, celle-ci étant déguisée en jeune garçon pour des raisons pratiques, il la prend pour un garçon et la fait embaucher comme garçon de salle à l’hôpital. Leurs relations sont difficiles, Alaina ne voit en lui qu’un ennemi, un de ceux qu’elle rend responsable de la mort de ses parents et de ses frères. Quant à Cole, il est souvent agacé par ce garçon qui met un point d’honneur à toujours le toiser ou l’injurier. Ce n’est que plus tard, voire trop tard qu’il comprendra enfin qu’elle est une jeune femme désirable. Cole et Alaina vivent toute une série d’événements tumultueux (guet-apens, sauvetage, meurtres, maison incendiée, mariage forcé pour Cole…) avant d’être séparé par le destin. Cole rentre chez lui dans le Minnesota tandis qu’Alaina reste à La Nouvelle Orléans.

La deuxième partie se déroule après la guerre, comme Alaina est toujours recherchée pour vol, ses amis parviennent à la convaincre d’épouser Cole Latimer et de se rendre dans la Minnesota. Leurs retrouvailles sont difficiles, trop d’orgueil de part et d’autre les empêchent de se parler vraiment. De plus, la mort de Roberta, première femme de Cole, pèse sur eux, alourdissant l’atmosphère pesante de cette maison trop grande et trop froide. Là encore, nous avons droit à de nombreux rebondissements (dont je vous épargne la liste, sinon j’en aurai pour des pages !) avant que les deux héros puissent enfin vivre tranquilles.

Ce roman fait plus de 700 pages mais le rythme ne faiblit pas ; les personnages sont bien dessinés et l’auteure prend le temps pour les installer dans l’histoire, pour qu’on s’intéresse à eux, à leur caractère. Si Alaina est parfois agaçante par son obstination à s’opposer à Cole Latimer, elle reste cependant émouvante et on comprend sa colère et sa douleur d’avoir perdu sa famille, de voir tout ce à quoi elle tient s’effondrer. Quant à Cole Latimer, ah, que dire ? C’est l’archétype du héros romanesque, toujours là quand il faut, courageux, honnête, amoureux, loyal et j’en passe. Ajoutez pour un peu piment, une garce et un méchant qui donnent du relief à l’histoire et vous avez une superbe romance.

Challenge Plumes féminines 2020
Challenge Pavés 2020 (751 p.)




Le mystère de Dungotty

Ecosse, disparition, mystère, conventions sociales, amour

Écosse, 1755

Farouche. Impétueuse. Audacieuse. Catriona n’est pas de celles qu’on peut discipliner. Pourtant, face à l’hostilité de sa famille, elle s’est résolue à déserter Kishorn Abbaye, cet îlot des Highlands qu’elle a dédié à l’accueil de femmes réprouvées, pour rejoindre la demeure de son oncle. Mais, en découvrant que Hamlin Graham, duc de Montrose, fait partie des convives qu’elle devra côtoyer à Dungotty, Catriona s’indigne. Cet homme, aussi fascinant que dangereux, n’est-il pas accusé de la disparition de son épouse ?

Commentaire :
« Le mystère de Dungotty » est le 5ème tome de la série « Les mariés écossais ». C’est une série que je lis depuis le début qui se déroule en Ecosse après la bataille de Culloden –sauf le tome 1- et évoque le destin de la famille MacKenzie. Dans ce tome, il s’agit de la fille Catriona, un personnage aperçue au cours des tomes précédents qui est l’héroïne de l’intrigue. Catriona est une belle femme de 33 ans, fougueuse, et toujours célibataire. Elle est celle qui a succédé à sa tante à la tête de Kishorn Abbaye depuis la mort de cette dernière. Mais le domaine est menacé par une décision du roi qui veut le confisquer en représailles (il aurait servi de refuge provisoire à quelques insurgés de Culloden). Catriona décide alors de se rendre auprès de son oncle, Lord Knox, qui connaît beaucoup de monde et qui pourrait éventuellement trouver une faille juridique pour sauver l’Abbaye. C’est en rejoignant son oncle que Catriona va faire connaissance avec un voisin fascinant, le duc de Montrose, qui traîne derrière lui une sombre réputation, celle d’avoir peut-être tué sa femme. Décidée à en savoir plus, Catriona va se débrouiller pour le rencontrer et va succomber rapidement à son charme. De son côté le duc est fasciné par cette cavalière émérite autant capable de maîtriser un cheval que de tirer à l’arc. Les deux jeunes gens deviennent vite amants, se retrouvent régulièrement aux abords d’un domaine en ruines. Mais l’ombre de la femme du duc plane.

Si l’intrigue est correctement menée avec son lot de péripéties et si j’ai pris plaisir à la lire, je dois dire que je suis restée sur ma faim. Je n’ai pas retrouvé l’intensité ressentie à la lecture du troisième tome. L’auteure cesse d’évoquer les difficultés de la famille MacKenzie et les conséquences de la bataille de Culloden pour écrire seulement, si je puis dire, une histoire d’amour classique. J’ai trouvé que les deux héros manquaient de profondeur, c’est un peu décevant quand on sait que l’auteure a été plus en verve avec les frères de Catriona. Le nœud du problème, c’est la fameuse femme disparue du duc de Montrose. C’est elle qui pourrait empêcher les deux amants de vivre ensemble. Alors si c’est elle, pourquoi est-elle aussi inconsistante ? Les personnages de méchants sont rarement crédibles dans les histoires de Julian London. Cela se confirme encore une fois. Un cinquième tome donc en deça des autres de la série.

Je remercie pour autant les Editions Harper Collins et Netgalley d’avoir pu lire ce roman.

Challenge Multi-défis 2020
Challenge Plumes féminines 2020

samedi 28 décembre 2019

Le journal de Claire Cassidy

Meurtre, fascination, imitation, roman gothique...

Dans le collège anglais où elle enseigne, Claire Cassidy donne chaque année un cours sur un classique de la littérature gothique, " L'Inconnu ", de R.M. Holland. Cet écrivain a vécu et enseigné dans le même collège que Claire, qui, fascinée par ce personnage qui hante encore les murs de l'établissement, travaille à l'écriture de sa biographie. Mais un jour, Ella, sa collègue et amie est retrouvée morte. À côté de son corps, une citation de " L'Inconnu "... La littérature et la vraie vie entrent alors en collision, et Claire devient suspecte aux yeux de la police. Et le mystère s'épaissit lorsqu'elle ouvre son journal intime, ce journal dans lequel elle écrit chaque jour, et découvre une écriture qui n'est pas la sienne : " Bonjour, Claire. Tu ne me connais pas. " L'Inconnu, lui, connaît Claire, jusqu'à ses moindres secrets, et il n'est visiblement pas étranger aux meurtres qui vont se succéder au sein même du collège, toujours inspirés du livre de R.M. Holland. Claire arrivera-t-elle à changer la fin de l'histoire ?

Commentaire :
Un collège anglais installé dans l’ancienne demeure d’un auteur mystérieux de romans gothiques du 19e  R.M.Holland, un fantôme qui hanterait les couloirs –celui de sa femme- et deux meurtres brutaux imitant ceux décrits dans le célèbre roman de cet écrivain sont les ingrédients du nouveau roman d’Elly Griffiths, auteure que j’avais découverte avec « Le Secret des orphelins ».

Autant dire toute de suite que j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’installe rapidement dans l’intrigue. On nage entre enquête policière et surnaturel grâce au lieu dans lequel se déroulent les drames, et grâce à des extraits d’un roman écrit par le fameux auteur Holland. Auteur qui fait l’objet de travaux de recherches de la part de Claire Cassidy, enseignante d’anglais, dont la vie est perturbée par l’assassinat d’une collègue Ella. Celle-ci est tuée de la même manière qu’un personnage du roman. Plus troublant encore, Claire qui tient un journal, s’aperçoit qu’une main inconnue a rajouté des lignes. Qui a écrit dans son journal, qui assassine ainsi un puis deux enseignants, tous les deux proches de Claire ?

L’enquête est menée par le lieutenant Kaur, petite femme coriace, soupçonnant un temps Claire pour sauter sur une autre piste, puis une autre. Le rythme est bien mené, on vit l’histoire à travers de multiples voix, celle de Claire, de Kaur et de Georgie la fille de Claire. Ces multiples voix permettent de mieux apprécier l’histoire et ses rebondissements. La seule chose qui m’a déçue, c’est la fin. Par rapport à l’ambiance, au mystère qui règne dans la majeure partie de l’histoire, la révélation finale est comme un soufflé qui retombe trop vite.

Je remercie les Editions Hugo et Netgalley de m’avoir permis de lire cet ouvrage que je recommande.

mardi 17 décembre 2019

PS: Je ne t'ai jamais dit


Amour, adolescence, maltraitance infantile, divorce, harcèlement...

Deux lycéens qui auraient pu ne jamais se croiser.
Qui ne savaient pas ce qu
est être aimé. Et qui pourtant se sont trouvés.
Rev gardera toujours dans sa chair les cicatrices des sept années qu
il a subies sous les coups de son père. Quant à Emma, cest dans son coeur quelle porte les siennes : elle nexiste pas aux yeux de son père, et sa mère veut tout contrôler.
Rev et Emma ne se sont jamais vus que de loin. Pourtant, le hasard les réunit, un soir. Petit à petit, les deux ados blessés s
apprivoisent, et, chaque jour, partagent leurs doutes et leurs peines.
Malheureusement, ce moment de gr
âce ne pouvait pas durer. Rev est parti rendre visite à son père, qui a refait surface. Sauf quEmma a besoin daide. Harcelée par un gamer appelé Nightmare, elle sadresse à la mauvaise personne : un garçon qui fréquente le jeu vidéo en ligne quelle a créé pour s’évader. Rev rejoindra-t-il Emma à pour la sauver ?

Commentaire :
L’année dernière, j’ai lu un autre roman de cette auteure qui s’appelle « Ps: tu me manques », l’histoire de deux adolescents, marqués tous les deux par un décès, qui s’écrivaient tous les deux et discutaient de deuil et de culpabilité avant de se rencontrer. Une jolie histoire, à classer dans la catégorie Young adult. Ce roman est plus ou moins une suite, car on retrouve le personnage masculin du premier  tome –Declan- mais l’intrigue tourne autour de son ami d’enfance Rev. Celui-ci  a été un enfant martyrisé par un père obsédé par la parole de Dieu, et a été sauvé à temps par un voisin. Depuis, il vit et a même été adopté par sa famille d’accueil, des parents chaleureux, compréhensifs qui, régulièrement, se voient confier des enfants maltraités. Tout devrait aller bien mais, depuis quelque temps, il reçoit des mails de son père qui le perturbent. Car en lui, il y a toujours le petit garçon terrifié et dominé par son père, pasteur très apprécié. Alors que Rev ne sait pas comment agir par rapport à ces mails, il fait la connaissance d’Emma. Celle-ci vit dans une famille qui se désintègre, se sent mal aimée par sa mère, son père. Elle a créé un jeu vidéo mais depuis quelque temps, un joueur la harcèle. Entre ces deux adolescents fragiles, de tendres sentiments se nouent. Mais il est difficile de s’ouvrir à l’amour quand on porte en soi des souffrances.

Cette romance Young Adult m’a beaucoup plu. L’auteure aborde avec beaucoup de délicatesse le problème de la maltraitance infantile : Rev est un jeune homme qui a beau avoir grandi avec des parents adoptifs adorables, avoir construit avec son copain Declan une amitié solide, il reste un petit garçon terrifié à l’idée que son père pourrait débarquer de nouveau dans sa vie. Je l’ai trouvé touchant, plein de sollicitude pour les autres et pour Emma en particulier. Son personnage est moins réussi, je l’ai trouvée parfois agaçante avec ses soucis, à mes yeux moins tragiques que ceux de Rev ou Mathew –jeune adolescent accueilli en urgence dans la maison de Rev. Par contre, leur relation est bien développée toute en douceur et hésitation. Si vous n’avez jamais essayé le Young Adult, je vous conseille de commencer avec Brigid Kemmerer.

Je remercie les Editions Hachette et Netgalley de m’avoir permis de découvrir ce beau roman.




dimanche 24 novembre 2019

Une sorcière à la cour

Empoisonnements, complot, régicide, enquête, meurtres....

1678. Tandis que Louis XIV mène grand train à Saint-Germain et Versailles, Paris est frappé par les meurtres les plus abominables et la rumeur enfle : des empoisonneuses œuvrant pour le diable auraient infesté la ville.
Lorsque le scandale gagne la cour, le roi ordonne à La Reynie, lieutenant général de police, de démanteler les officines et de punir les sorcières. À mesure qu’il enquête, ce dernier comprend que le roi est victime d’un complot. Mais surtout, il découvre que derrière ces actes diaboliques se cache une plus grande violence encore, subie par les femmes. Maintenues toute leur vie sous l’autorité d’un père, d’un frère ou d’un mari, ont-elles d’autre choix que le crime pour conquérir leur liberté ?

Commentaire: 
Que voilà un excellent roman découvert par hasard! Je ne m'attendais pas à tant de talent: intrigue, rebondissements, personnages, style, tout m'a plu.
Mais revenons à l'histoire ou plutôt à l'Histoire: nous sommes en 1678 et le lieutenant général de la Police La Reynie, après avoir confondu et fait paraître devant ses juges la Marquise de Brinvilliers, est chargé par le roi  Louis XIV d'éradiquer toutes ces officines où on vend des potions abominables censées vous apporter l'amour ou tuer un mari ou une épouse encombrante, de se débarrasser des sorcières  qui sont nombreuses à pratiquer des sorts, à vendre des philtres à tous ceux et celles qui le demandent, y compris dans les hautes sphères de la cour.
La Reynie va découvrir que derrière ce monde de sorcières se cache un complot pour tuer le Roi. Mais le chemin pour arriver aux coupables est semé d'embûches car bien du monde a intérêt à ce que le lieutenant ne puisse rien trouver. A commencer par le roi lui-même car, parmi les dames de la haute société qui ont acheté des potions, se trouve sa maîtresse, la marquise de Montespan. Certes, le roi la délaisse de plus en plus mais il ne peut pas non plus permettre à La Reynie de l'arrêter, encore moins de l'interroger. Le scandale rejaillirait sur les enfants qu'il a eus d'elle, et sur lui. La Reynie va devoir user de subterfuges et compter sur le hasard ou ces mouchards pour mettre un terme au règne des sorcières et autres empoisonneuses, et surtout empêcher le pire des crimes, le régicide.
J'ai beaucoup aimé l'idée de mêler personnages de fiction et personnages historiques. La Reynie a vraiment existé, il est considéré même comme "le père de la police judiciaire", c'est lui qui parle tout au long du roman. Il se rend souvent auprès du roi Louis XIV pour lui rendre compte de son enquête. L'occasion pour l'auteur de décrire le roi lors d'un repas ordinaire ( ce qu'il mangeait me semble pantagruélique par contre!) ou lors de son réveil devant une petite cour qui le regarde pendant qu'on le lave et l'habille. Louis XIV est d'ailleurs un personnage important dans cette histoire car il intervient plusieurs fois avec La Reynie pour le presser sur cette affaire ou lui demander son avis. Les deux derniers chapitres sont plein de nostalgie: les deux hommes ont vieilli et l'on sent un roi fatigué et plein de regrets. Est-ce sa jeunesse qu'il pleure ou son ancienne maîtresse dont il vient d'apprendre la mort? 
Une sorcière à la cour" est un excellent roman historique et je vous le recommande vivement.