mercredi 17 octobre 2018

Des fleurs dans la tourmente

Amour, maladie, différence sociale...

Richissime et séduisant, le duc de Jervaulx est aussi un mathématicien de génie et un brillant orateur. La vie l'a comblé de dons et de privilèges qu'il considère comme un dû. Jusqu'au jour où tout s'écroule...Foudroyé par une apoplexie, il se retrouve incapable de communiquer et d'accomplir les actions les plus simples. Sa famille, désemparée par ses accès de violence, le fait interner. Christian préférerait la mort à cette déchéance. Mais une jeune infirmière va de nouveau faire basculer son destin. Elle s'appelle Archimedea et, alors que tout les oppose, va devenir sa seule lumière dans un monde dont il ne maîtrise plus les règles...

Commentaire:

Ce livre a été écrit en 1992 mais n’avait jamais été traduit avant cette année et on se demande bien pourquoi il a fallu attendre si longtemps. J’ai beaucoup aimé cette histoire à plus d’un titre. D’abord parce qu’elle déroule une intrigue forte et bien menée tout du long du roman. Rien n’aurait jamais dû réunir Christian, le duc de Jervaulx, brillant dans tous les domaines et une simple roturière, quakeresse de surcroît, Archimedea. Mais voilà, victime d’une attaque d’apoplexie, Christian est incapable de communiquer avec sa famille, ce qui le met dans des états de fureur telle que sa mère, bigote, y voit des signes de démence et le fait interner. C’est dans l’asile de son oncle qu’Archimedea, surnommé Maddy, va le retrouver. Et elle va l’aider, d’abord à sortir de l’asile puis à fuir une famille pressée de le déclarer dément pour s’approprier sa fortune. Une intrigue solide qui ne démérite par rapport à toutes celles qu’on peut lire actuellement et qui parfois se résume à une seule ligne !


Ce que j’ai beaucoup aimé ensuite, c’est que l’auteur nous fait vivre l’histoire selon le point de vue de Christian. Non seulement il est incapable de communiquer mais il ne comprend pas toujours ce que les autres lui disent. Et Laura Kinsale nous le fait comprendre dans le langage même : les propos de Maddy ou d’un ami par exemple parviennent par bribe dans le cerveau de Christian. « Jervaulx ! Papa besoin. Peur moi. Dois rentrer ! » entend-il à un moment où Maddy aimerait pourvoir retrouver son père parce qu’elle s’inquiète pour lui. On comprend alors à quel point l’attaque a non seulement affaibli Christian mais en plus réduit ses capacités de réflexion et de compréhension, ce qui le met dans une rage noire, lui qui avait l’habitude d’être écouté. On assiste à sa lutte pour recouvrer la parole et surtout  pour rester un homme libre, libre de sa vie et de ses choix. A ses côtés, Maddy est un personnage moins complexe et parfois même plus agaçant dans ses réactions. Mais les deux forment un beau couple et on suit avec beaucoup d’émotion leur parcours.

En résumé, une belle histoire, un personnage fort et émouvant qu’on aimerait accompagner encore après la fin de l’histoire. Laissez-vous tenter ! 

Je mets 4 chats et demi!

Les Ravenel, tome 4: L'inconnu


Amour, médecine, complot, trahison...

Qui est le mystérieux Ethan Ransom?
Un simple policier respecté pour ses talents d’enquêteur ou bien un assassin à la solde d’une éminence grise du ministère de l’Intérieur?
Le Dr Garrett Gibson a beau se méfier, elle est fascinée par cet homme au charme trouble. Elle qui a bravé les préjugés pour vouer sa vie à la médecine n’aurait jamais imaginé tomber amoureuse d’un homme sans foi ni loi, expert en manipulation. Pourtant, après une nuit d’ivresse dans les bras du bel Irlandais, Garrett, femme libre et de conviction, est prête à affronter tous les dangers pour vivre au grand jour cette irrésistible passion…

Commentaire:

C’est le quatrième tome d’une série « Les Ravenel » qui se déroule en Angleterre pendant le règne de la reine Victoria. Lisa Kleypas s’intéresse au destin d’une famille « Les Ravenel » et chaque tome conte les amours d’un des membres de la famille (proche ou éloigné). L’intrigue met en avant les amours d’Ethan Ransom lié aux Ravenel et de Garrett Gibson, femme médecin de son état. Les deux se rencontrent, sont fascinés l’un par l’autre et se retrouvent dans des circonstances dramatiques qui vont les amener à s’avouer leur amour réciproque.


Rien de très original mais vous allez me dire que c’est une romance, donc il est normal qu’on nous raconte les amours de Garrett et d’Ethan. Et c’est bien ce qu’on a. Mais l’auteur n’a pas été en verve cette fois-ci. Je lis Lisa Kleypas depuis très longtemps et très souvent ses histoires m’ont fait passer des moments de lecture délicieux. Mais là, je me suis ennuyée : pas de surprises, pas d’émotion, pas beaucoup d’humour alors qu’il y en a souvent dans son œuvre. On ne s’attache pas aux personnages, même le Dr Garrett Gibson ne nous touche pas alors que Lisa Kleypas s’est inspirée de la première femme médecin en Angleterre qui pratiqua son métier malgré les tollés de la société. Je m’attendais à une femme de caractère, ne s’en laissant pas conter et menant la baguette au héros… Tout le monde reste sage et donc on s’ennuie un peu. Dommage car je considère que Lisa Kleypas est une référence dans le monde la romance. Je vous conseille de lire ses autres œuvres.
Je mets 3 chats

mardi 16 octobre 2018

Juste de l'autre côté de la mer


Intolérance, exploitation, immigration...

Chaque printemps, depuis plus de dix ans, Eric, le parisien, passe une semaine au Maroc dans la vallée idyllique du Dadès, au sein de sa famille de cœur. Il partage des moments chaleureux avec Kenza et ses jumeaux de 14 ans, Mehdi et Lilia. Eric est un peu le père que ces derniers, qui ont grandi sous le signe de l’amour, du rire et de la liberté, n’ont jamais eu. Mais cette année, Eric trouve l’atmosphère pesante. Un nouvel imam est arrivé, et tous les prétextes sont bons pour réduire les libertés individuelles, et diffuser des messages religieux. Quant à Mehdi, il semble plus distant, plus taciturne. Il aimerait quitter le Maroc pour découvrir d’autres horizons. Il rêve d’Europe. Lilia, joyeuse et rebelle, est devenue une belle adolescente. Quand Eric repart, il comprend, impuissant, que la vallée du Dadès est en train de changer…

Commentaire:

Lilia et Mehdi sont deux jeunes orphelins de père qui vivent avec leur mère Kenza au Maroc, dans la vallée du Dadès. Leur vie est simple et heureuse mais en grandissant Mehdi est de plus en plus insatisfait : il s’ennuie dans cette région où on ne capte pas Internet, où il n’y a rien à faire, à part pêcher. Cette frustration d’ailleurs s’accentue avec la visite d’Eric, ce français qui vient les voir tous les ans. Car avec Eric, c’est l’Europe qui s’invite et dans l’esprit de Mehdi, ce n’est que là-bas qu’on peut vivre selon ses envies. A cela s’ajoute la présence d’un imam curieusement hostile à Kenza la maman des deux jeunes adolescents qui, un jour, apprend qu’on ne veut plus d’elle à l’école. Désemparée, elle confie ses enfants à son frère sans s’imaginer que le pire va leur arriver.


C’est un très beau roman pour adolescents mais qui peut très bien aussi intéresser les adultes que nous sommes car il traite de sujets d’actualités brûlants qui font la Une des journaux. Mehdi incarne ces jeunes gens attirés par les lumières de nos villes, persuadés de vivre dans l’opulence. D’ailleurs ils connaissent des amis qui ont fait fortune…. Du moins ce sont les bruits qui circulent mais il y en a d’autres qu’ils refusent d’entendre : personne ne les attend en Europe, et s’ils viennent, ils rencontreront surtout le rejet, la violence et le racisme. A l’opposé de Mehdi, il y a sa sœur jumelle Lilia, bien plus lucide et qui cherche de toutes ses forces à réveiller son frère. Plutôt que de rêver à une Eden utopique, Lilia s’efforce de vivre selon ses principes. Mais il est difficile de lutter contre l’eldorado européen. Un livre à lire avec, cependant, un regret, celui de ne pas avoir assez exploité le personnage d’Eric.

Je lui mets 4 chats




jeudi 11 octobre 2018

Re-made


Pandémie, adolescence, fin du monde, fuite...

Un virus inconnu, incontrôlable et... capable de penser.
Un adolescent, Léo, qui n'a rien d'un héros.
La promesse de protéger, quoi qu'il arrive sa petite sœur Grace.
Et une seule solution : fuir, le plus loin, le plus vite possible...

Commentaire:

Léo a 16 ans et vit à Londres avec sa mère divorcée depuis peu et sa sœur cadette Grace. Sa vie banale pourrait se poursuivre longtemps mais un virus apparaît en Afrique et très vite contamine et tue les gens en quelques heures. Pire, il les réduit à l’état de bouillie. Alerté par son père qui vit aux USA, Léo fuit Londres en compagnie de sa mère et de sa sœur. Mais le virus est déjà là et il faut fuir, fuir mais où et jusqu’à quand ?


Ce roman apocalyptique se lit très vite, le rythme est soutenu. Le virus fait son apparition et quelques pages plus loin, il a déjà tué des millions de gens. La tension est forte tout du long, on se demande avec angoisse comment Léo et Grace vont s’en sortir d’autant que c’est un virus intelligent capable de se reproduire à une vitesse effarante et surtout capable de copier tout ce qui est vivant.

On se rassure en se disant que cela n’existe pas. Non ? Il y a une suite que je vais lire car je veux savoir si Léo et Grace s’en sortent.


Berlin finale


Seconde Guerre mondiale, fanatisme, résistance....

Publié en 1947 en Allemagne, vendu à plus de 100 000 exemplaires, Berlin finale est l'un des premiers best-sellers post-Seconde Guerre mondiale. Une œuvre passionnante, haletante, audacieuse, qui a su, alors que l'Europe se relevait à peine de la guerre, décrire dans toute sa complexité le rapport des Berlinois au nazisme.
Jusqu'alors inédit en France, un roman-reportage brillant qui nous raconte, à travers les destins d'une poignée de résistants, les derniers jours de Berlin avant sa chute.


Commentaire:

Ce roman a été écrit au sortir de la Seconde Guerre mondiale par un Berlinois né en 1906 et dont les écrits avaient été boycottés par les nazis. Installé dans la partie Est de Berlin donc contrôlé par les soviétiques, Heinz Rein a écrit en urgence cette histoire qui se déroule sur 15 jours à peine. Mais pas n’importe quels jours : ce sont les derniers jours de la bataille de Berlin quand la capitale a été attaquée à la fois par les armées de Joukov et de Koniev.


Le roman met en scène 6 personnages principaux pris au piège dans la capitale. Il y a un jeune soldat déserteur Lasshen qui, par miracle, est repéré par un propriétaire d’un café Klose qui va l’abriter et lui donner de faux papiers. Klose appartient à un groupuscule d’opposants qui aimeraient écourter la guerre. C’est ainsi que Lasshen fait connaissance avec un ancien syndicaliste, vivant dans la clandestinité Friedrich Wiegand, sa femme Lucie, un médecin –le Dr Böttcher- et un mécanicien communiste Schröter. Ce qui relie ces personnages c’est leur haine et leur dégoût du National-Socialisme et chacun aimerait agir. Mais dans cette ville bombardée nuit et jour, parmi cette population berlinoise écrasée par la propagande nazie, il est quasiment impossible de faire quoi que ce soit. Ils ne peuvent assister qu’à l’effondrement de la ville.

C’est un roman témoignage très long (880 pages !) mais c’est un roman que j’ai trouvé extraordinaire car il est écrit par un témoin qui vivait au cœur de cette dernière bataille. Les chapitres commencent tous par une longue description d’un quartier de la ville, à chaque fois, c’est le même décor apocalyptique qui est décrit et, parmi ces ruines, des Berlinois qui continuent de vivre en dépit des obus qui tombent, des avions qui passent et des derniers nazis obsédés qui circulent, arrêtent, pendent arbitrairement tout homme qui montrerait une quelconque faiblesse. De temps en temps, Heinz Rein reproduit des extraits de journaux nazis qui tiennent jusqu’au bout les mêmes discours effarants, prédisant à chaque ligne que l’ennemi va s’effondrer alors qu’il est déjà derrière la porte ! C’est donc un livre que je vous recommande vivement !

Je mets 4 chats et demi.

samedi 29 septembre 2018

Les jours de ton absence


Rencontre, amour, secret, tragédie, passé familial...

Lorsque Sarah rencontre Eddie, son monde bascule. Ils sont faits l'un pour l'autre, elle en est certaine. Les jours qu'ils passent ensemble ressemblent à un rêve et Sarah a le sentiment que sa vie débute enfin. Quand Eddie, également fou amoureux, part à contrecœur pour un voyage prévu de longue date, tous deux se quittent en sachant qu'ils se reverront très vite.
Pourtant, quelques jours plus tard, Eddie n'a toujours pas donné de signe de vie. Le portable de Sarah reste désespérément muet. Refusant d'écouter ses amis qui lui conseillent de passer à autre chose, Sarah met tout en œuvre pour comprendre la raison de ce silence.
Elle ne sait pas encore que l'explication qui se dessine peu à peu la bouleversera au plus profond de son être. Une chose qu'elle ne peut maîtriser les sépare irrémédiablement, la seule qu'ils n'ont pas partagée : la vérité.
Sept jours de bonheur absolu. Puis, il disparaît...
Un suspense amoureux à couper le souffle.

Commentaire:

C’est l’histoire d’une rencontre, d’un coup de foudre immédiat entre deux personnes. Qu’importe que l’un vive en Angleterre et l’autre aux Etats-Unis, qu’importe leur âge, leur passé, leurs expériences amoureuses déçues, cette fois-ci c’est le véritable amour. Sarah et Eddie se séparent temporairement pour huit jours prévus depuis longtemps pour lui ; ils se retrouveront et ne se quitteront plus. Mais huit jours se passent sans aucune nouvelle de la part d’Eddie, puis une autre semaine encore sans aucun signe de lui. Sarah ne comprend pas, ses amis lui disent de laisser tomber, que c’était du flan tout ça. Mais Sarah ne veut pas y croire, il y a forcément une explication, alors elle s’obstine à envoyer des messages, à traquer le moindre mot d’Eddie dans les réseaux sociaux.


On pourrait se dire que cette femme est pitoyable dès le début mais l’auteur parvient à nous la rendre sympathique et à espérer que le fameux Eddie reprendra contact. N’est-il pas d’ailleurs un goujat ce type ? Ah pas si simple ! L’intrigue n’est pas si linéaire que l’on croit et je me suis fait avoir par le rebondissement qui tout d’un coup, éclaire le silence d’Eddie. Tout devient plus tragique, plus sombre et l’on pleure sur ses amants maudits. Et on tourne les pages en espérant que tout s’arrangera. J’ai beaucoup aimé ce roman poignant à bien des égards, je vous le recommande vivement.

Je mets 4 chats pour cette belle histoire qui m'a réservé bien des surprises!!





mercredi 26 septembre 2018

Le combat d'hiver


Dictature, révolte, adolescence, courage, liberté...

Quatre adolescents, évadés de leur orphelinat prison, reprennent la lutte perdue par leurs parents quinze ans plus tôt. Leur combat, hymne grandiose au courage et à la liberté, semble désespéré. Et pourtant...

Commentaire:

J’ai découvert par hasard ce roman dit jeunesse mais que tout le monde peut lire car il aborde des thèmes universels comme la liberté, l’engagement pour une cause et le courage. Nous sommes dans un pays imaginaire dirigé par une Phalange, un parti extrémiste qui a mis fin 15 ans auparavant aux libertés individuelles, et qui règne depuis d’une main de fer, organisant d’ailleurs chaque année des jeux dans une arène où de jeunes hommes s’entretuent. La Phalange s’est débarrassée de ses opposants et pour être sûre qu’on les a oubliés, elle a envoyé dans des orphelinats leurs enfants où ils se morfondent. Mais tout change le jour où deux d’entre eux s’enfuient… Dès lors, tout va changer.


J’ai beaucoup aimé ce roman au rythme soutenu. L’intrigue nous prend à la gorge dès les premières pages : pourquoi cette jeune fille, Helen, demande-t-elle à voir sa Consoleuse ? Pourquoi vit-elle dans cet internat sinistre, entourée d’enseignantes méchantes et médiocres ? Très rapidement, l’auteur nous plonge dans l’univers de cette jeune fille, et on n’a de cesse de tourner les feuilles pour connaître la suite. J’ai beaucoup aimé aussi les personnages notamment Milos le garçon que rencontre Helen. Il met de la gravité dans cette intrigue car l’auteur nous parle de combat pour la liberté sans mièvrerie ou faux semblant. Conquérir sa liberté a un prix et nos personnages vont s’en rendre compte. Un beau roman d’apprentissage !

Je mets 5 chats!

Swimming pool


Adolescence, immigration, intégration, harcèlement...

Kasienka est polonaise  et elle vient d'arriver en Angleterre avec sa mère.
Mais la vie ici n'a rien d'une vie rêvée.
Heureusement, il y a la piscine,il y a l'eau. Et dans l'équipe de natation, il y a William...

Commentaire:

Kasienka a quitté sa Pologne natale avec sa mère car celle-ci ne supporte plus d’être séparée de son mari Tato. Mais leur arrivée et leur installation en Angleterre ne se passent pas comme prévu. La mère et surtout la fille sont confrontées à la méfiance, au dédain, au rejet des londoniens. C’est surtout Kasienka qui en souffre car elle est vue comme l’étrangère au sein de son école et subit les moqueries des filles menées par une certaine Clair. La seule chose qui la sauve de ce quotidien c’est la piscine car Kasienka est une très bonne nageuse.


C’est un superbe roman et l’auteur a choisi de raconter son histoire sous la forme de chapitres très courts et de poèmes. La langue est belle, dit l’essentiel : la souffrance de Kasienka, son incompréhension devant le rejet qu’elle subit à l’école, sa colère mais aussi l’amour qu’elle ressent pour la nage et pour William, le premier à la regarder vraiment comme une jeune fille. Cette histoire se lit vite mais elle est touchante et je regrette d’avoir dû abandonner Kasienka si vite.

Je mets 4 chats et demi

Les cendres de Berlin


Meurtre, Guerre froide, occupation, taupe, enquête policière...

Berlin, 1947. L’ex-capitaine Gregor Reinhardt a retrouvé un poste d’inspecteur à la police criminelle de la ville. Dévastée par les combats, éventrée par les bombardements, Berlin est aussi divisée entre des puissances victorieuses qui veulent chacune préserver ou accroitre leur influence. Les tensions augmentent et la police est rapidement déchirée par les rivalités internes tandis que les factions politiques se disputent le pouvoir et la protection des nouveaux maîtres. Quand un homme est retrouvé mort dans un immeuble en ruine, Reinhardt sait que commence une enquête difficile, au milieu d’hommes et de femmes devenus radicalement méfiants à l’égard de la police. Il semble pourtant qu'un tueur méthodique soit en liberté, et la tension ne fait que s’intensifier quand on découvre que l'une des victimes était le frère d'un grand scientifique nazi.
Alors que d’étranges individus cherchent à utiliser son passé militaire pour le déstabiliser, Reinhardt découvre qu’Alliés occidentaux et Soviétiques se sont faits bien plus d’ennemis qu’ils ne le pensent et que les tragiques passions allemandes sont encore vivaces.
Il comprend, un peu tard, que cette enquête pourrait lui coûter très cher…

Commentaire:

C’est la dernière enquête de Gregor Reihnardt et, à mes yeux la plus aboutie et la plus intéressante. L’ex-capitaine a survécu à la guerre et a réintégré la Kripo grâce à ses connaissances américaines. Car pour travailler dans la police, il faut montrer patte blanche ou être pistonné. De plus, depuis la fin de la guerre, les Soviétiques ont infiltré les services de police et mis en place de nombreux pions sans parler de taupes. Aussi Reihnardt est-il mal vu par sa hiérarchie. Lorsqu’il est appelé sur le lieu d’un meurtre –un officier anglais retrouvé mort dans la cage d’un escalier- Reihnardt pressent que l’affaire va être délicate. D’autant qu’il découvre un deuxième corps, celui d’un ancien pilote d’une escadrille employée pendant la guerre à des missions secrètes. Le meurtre de ce pilote est suivi par d’autres morts dont le point commun est d’avoir appartenu à cette même escadrille. En suivant le fil, Reihnardt découvre que tous ces hommes sont liés à des recherches scientifiques qui intéressent beaucoup de monde, à commencer par les soviétiques. Dès lors, il est de plus en plus délicat voire dangereux de poursuivre l’enquête.


Des trois tomes écrits par Luke McCallin, c’est celui que j’ai préféré car il installe le récit dans le cadre d’une ville dévastée, partagée entre les 4 grands vainqueurs de la guerre et bientôt en proie aux prémices de la guerre froide. Il est loin le temps où les alliés trinquaient pour fêter leur victoire ;  retranchés chacun  dans leur zone, ils veillent à leurs intérêts et se soupçonnent mutuellement de cacher des choses. Reihnardt en fait les frais qui se voit régulièrement alpagué soit par les anglais, soit par les américains, soit par les redoutables soviétiques en la personne d’un officier inquiétant du nom de Stokov et sommé de révéler ce qu’il a trouvé en enquêtant. Les morts importent peu, par contre les essais scientifiques réalisés par les nazis avec l’aide de l’escadrille sont primordiaux. Il y a donc beaucoup d’amertume dans ce roman qui montre que le refroidissement des relations entre les alliés, a entraîné un changement dans la conduite à suivre, il est devenu plus important de s’approprier des scientifiques qui, pourtant, avaient travaillé pour les nazis, que de leur faire payer leurs actes. D’où la présence de Stokov qui suit Reihnardt comme son ombre. L’atmosphère de défaite et d’occupation est aussi bien rendue, on trouve de nombreuses pages qui évoquent le quotidien des Berlinois fait de marché noir et de combines pour manger correctement. Enfin, les descriptions de l’ancienne capitale du Reich sont saisissantes : Reihnardt circule dans un paysage défiguré au milieu d’immeubles détruits ou en ruines qui abritent encore des gens, ombres furtives qu’il aperçoit de temps en temps. C’est donc un très bon roman policier historique que je vous invite à découvrir.

Je mets 5 chats!

PS: Tu me manques


Adolescence, deuil, culpabilité, traumatisme, amour...

Juliet a toujours écrit à sa mère. Depuis sa mort soudaine, cette habitude est pour elle comme une bouée de sauvetage. Même si les courriers de Juliet restent sans réponse, elle continue de les déposer sur sa tombe chaque semaine.
Declan n’aurait jamais cru qu’une lettre pourrait changer sa vie. Pourtant, celle qu’il trouve au cimetière, où il fait des travaux d’intérêt général après le lycée, le touche profondément… Et il ne peut s’empêcher d’y ajouter deux mots.
Commence alors une correspondance inattendue entre Le Crépuscule et La Fille du Cimetière, deux étrangers que tout oppose. Ce qu’ils ignorent, c’est que leurs routes se sont déjà croisées…

Commentaire:

J’ai beaucoup aimé ce roman à destination des adolescents sur le deuil et la culpabilité. Juliet a beaucoup de mal à surmonter la mort de sa mère, journaliste célèbre qui parcourait la planète pour des reportages photos dans des pays en guerre. Elle est morte dans un accident de voiture en rentrant chez elle, à la demande de sa fille. Declan, de son côté, vit dans la culpabilité et la souffrance depuis que son père, alcoolique, a tué sa petite sœur. Ils n’auraient jamais dû se rencontrer car Declan est considéré comme le mouton noir au lycée, tout le monde est persuadé qu’il finira mal. Et pourtant, Declan remarque un jour Juliet devant la tombe de sa mère qui dépose un courrier. Intrigué, il lit la lettre et laisse une réponse… D’abord furieuse, Juliet va lui répondre et bientôt s’établit entre eux une correspondance qui leur permet à tous les deux d’exprimer des pensées et des sentiments qu’ils sont incapables d’avouer à leurs proches.


Je déteste l’expression « faire son deuil », je trouve que le verbe est trop banal puisqu’on peut l’utiliser pour bon nombre d’autres actions. Mais là, elle a sa place car Juliet et Declan parviennent peu à peu à surmonter cette impression de vide absolu qu’ils ressentent depuis la mort de leur mère/ sœur. La correspondance leur sert d’exutoire, de confident : ils peuvent exprimer ce qu’ils n’osent pas se dire à voix haute. J’ai beaucoup aimé ces passages épistolaires qui introduisent la plupart des chapitres et nous amènent à apprécier très vite ces deux adolescents en souffrance. Comme eux, on redoute le moment où ils se verront et se reconnaîtront car on a peur que le « charme » disparaisse. Car Juliet et Declan se croisent au lycée et, chaque fois qu’ils se voient, on ne peut pas dire qu’ils s’apprécient. Je n’irai pas plus loin dans l’intrigue, je vous conseille de lire ce beau et grave roman.
Je mets 4 chats et demi.

Dans les bras de Verdun


Première guerre mondiale, traumatisme, deuil, amour....

1921. Tom, originaire de Chicago, ancien ambulancier pendant la guerre, travaille à l’ossuaire de Verdun. Il y rencontre Sarah, Américaine à la recherche de son mari disparu. Ils vont vivre une passion fulgurante. Des mois plus tard, Tom et Sarah se retrouvent à Bologne, où un soldat amnésique inconnu attire les foules. Dans la ville italienne où monte le fascisme, Tom et Sarah croisent Paul, journaliste autrichien intéressé par le malade. L’homme sans passé détient aussi un lourd secret.
1950. Santa Monica aux Etats-Unis. Tom, devenu un scénariste plus ou moins reconnu, recroise Paul lors d’une soirée à Los Angeles. Les souvenirs remontent, brisant les mensonges passés.

Commentaire:

Quand j’ai lu le résumé, j’ai pensé immédiatement à la pièce de théâtre de Jean Anouilh, « Le voyageur sans bagage ». Pour ceux et celles qui connaissent, c’est l’histoire d’un soldat de la guerre 14-18, retrouvé errant, et conduit dans un asile car il ne se souvient de rien. Cet homme sans mémoire est alors reconnu comme étant le fils de, le frère de, le mari de ou le père d’une famille dans le deuil depuis des mois. « Dans les bras de Verdun » reprend cette thématique avec le personnage d’un soldat amnésique, soigné dans un asile italien, en qui une femme voudrait reconnaître son mari disparu à la fin de la guerre. Auparavant Sarah s’est rendue à Verdun où on est en train de rassembler les os des tous les combattants anonymes pour les rassembler dans un ossuaire. Elle rencontre Tom, un américain, ancien ambulancier pendant la guerre avec qui elle noue une relation. Mais quand elle apprend qu’à Bologne se trouve peut-être son mari, elle le quitte. Tom, qui ne parvient pas à l’oublier, la rejoint là-bas et sur place, ils font la connaissance d’un autrichien lui aussi attiré par cet homme inconnu.


J’aurais voulu aimer ce roman car le contexte m’intéressait, la description d’une société qui peine à faire son deuil alors que déjà, dans le lointain, résonnent le bruit de bottes fascisantes. Ainsi que l’intrigue : qui est cet homme au regard éteint  en qui tout le monde reconnaît un être perdu ?  Mais je n’ai pas réussi à être emballée, j’ai trouvé que le roman était très bavard : on a droit à de nombreuses discussions sur la vie, le destin, etc. De plus, j’ai trouvé inutile les passages qui se déroulent en 1950, ils ralentissent un rythme déjà lent. Et enfin, je n’ai éprouvé aucune empathie pour les personnages, que ce soit tom, Sarah ou Paul. Il y a juste un passage intense quand Paul évoque un épisode de la guerre qui l’a particulièrement frappé. Au final, j’ai une impression mitigée sur ce roman. J’en sors déçue.

Je lui mets 3 chats et demi.

samedi 8 septembre 2018

Filles de la mer

Prostitution forcée, Seconde guerre mondiale, annexion, Japon...
Sur l'île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite soeur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée.
Un jour, alors qu'Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa soeur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu'elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d'autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie.

Ainsi commence l'histoire de deux soeurs violemment séparées. Alternant entre le récit d'Hana en 1943 et celui d'Emi en 2011, Filles de la mer se lit au rythme des vagues et dévoile un pan sombre et bouleversant de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale en Asie. Au fil du récit, par la grâce de leurs liens indéfectibles, les deux héroïnes nous ramènent vers la lumière, ou l'espoir triomphe des horreurs de la guerre.


Commentaire:

Superbe roman qui m’a permis de découvrir un pan d’histoire que j’ignorais à propos de l’annexion de la Corée par le Japon au début du 20ème qui considérait les Coréens comme un sous-peuple et qui, lors de la Seconde guerre mondiale, réduisit à l’état d’esclaves sexuelles des centaines de jeunes coréennes, désignées comme « Femmes de réconfort »…

Hana a seize ans le jour où son chemin croise celui d’un officier japonais Morimoto qui, après l’avoir violée, la conduit de force en Mandchourie, dans un bordel où elle doit subir tous les jours attouchements et sévices de la part de soldats japonais. Comment survivre dans cet enfer, comment faire pour le fuir et retrouver ses parents ? Près de soixante-dix ans plus tard, on fait connaissance avec Emi, la « petite » sœur de Hana qui se rend à Séoul à une manifestation devant l’ambassade japonaise. La millième pour protester, pour obliger le gouvernement japonais à réparer ce qu’ils ont fait envers ces « femmes de réconfort ». Secrètement, Emi espère retrouver Hana ou du moins savoir si elle a survécu à son enlèvement.

J’ai été profondément touchée par ce roman et par l’histoire de Hana à qui on a volé sa vie et son intégrité sans que jamais aucun homme à commencer par Morimoto qu’elle retrouve plus tard en Mandchourie, ni aucun gouvernement ne s’excuse pour ce qu’elle a subi. Le sort des femmes pendant la  guerre est toujours précaire, à la merci des hommes qui peuvent les déporter, les réduire à l’état d’esclaves, les tuer sans l’ombre d’un remords, en toute impunité. Les femmes de réconfort qui ont survécu et ceux et celles qui les soutiennent, attendent toujours les excuses et les réparations du gouvernement japonais.

Je mets 4 chats et demi!

Nous, les Filles de nulle part

Sexisme, violence faite aux femmes, lutte, amitié...

Grace vient d'entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte.
Ces mots, c'est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l'avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n'a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents.
Très vite, Grace comprend que cette violence s'exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l'équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets.
Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules.

Commentaire:

Je ne sais pas si ce roman a été écrit avant l’affaire Weinstein mais il est bien dans l’air du temps car l’intrigue se concentre sur le harcèlement insidieux que mènent quelques garçons en toute impunité dans un lycée. Quand Grace emménage dans sa nouvelle maison, elle trouve des mots laissés par la précédente locataire Lucy. Et quand elle apprend l’histoire de Lucy, elle décide d’agir avec l’aide des deux seules jeunes filles qui acceptent de lui parler, Rosina et Erin. Que peuvent faire trois jeunes filles, mal intégrées dans le lycée, contre le sexisme ambiant et la misogynie qui suinte du blog « Les vrais mecs de Prescott ». ? Elles se lancent alors dans l’idée folle d’organiser une réunion pour les filles. Et contre toute attente, quelques filles vont venir et, à partir de là, un air nouveau va souffler sur le lycée.
J’ai beaucoup aimé ce roman d’abord par sa construction : les chapitres font entendre principalement les voix de Grace, d’Erin et de Rosina qui nous permettent de suivre l’histoire. Mais de temps en temps, l’auteur introduit un chapitre intitulé « Nous » : ce sont toutes les filles du lycée qui s’expriment, voix d’abord anonymes qui évoquent leurs peurs, leur honte, leurs désirs. Et puis, au fur et à mesure que la protestation grandit, ces voix anonymes deviennent des visages puis des noms. Ces noms viennent s’ajouter au trio initial. Les trois personnages féminins sont attachants, je pense à celui d’Erin qui souffre du syndrome d’Asperger et qui, en plus de participer à cette lutte contre le sexisme, doit lutter contre son propre handicap.
C’est donc un roman beaucoup plus percutant que « La liste », lu auparavant car il aborde des thèmes forts comme la violence faite aux femmes, le sexisme mais aussi l’amitié qui, bientôt rassemble les filles de Prescott, ainsi que le courage de s’opposer à cette misogynie ambiante. A découvrir ! 

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