samedi 28 décembre 2019

Le journal de Claire Cassidy

Meurtre, fascination, imitation, roman gothique...

Dans le collège anglais où elle enseigne, Claire Cassidy donne chaque année un cours sur un classique de la littérature gothique, " L'Inconnu ", de R.M. Holland. Cet écrivain a vécu et enseigné dans le même collège que Claire, qui, fascinée par ce personnage qui hante encore les murs de l'établissement, travaille à l'écriture de sa biographie. Mais un jour, Ella, sa collègue et amie est retrouvée morte. À côté de son corps, une citation de " L'Inconnu "... La littérature et la vraie vie entrent alors en collision, et Claire devient suspecte aux yeux de la police. Et le mystère s'épaissit lorsqu'elle ouvre son journal intime, ce journal dans lequel elle écrit chaque jour, et découvre une écriture qui n'est pas la sienne : " Bonjour, Claire. Tu ne me connais pas. " L'Inconnu, lui, connaît Claire, jusqu'à ses moindres secrets, et il n'est visiblement pas étranger aux meurtres qui vont se succéder au sein même du collège, toujours inspirés du livre de R.M. Holland. Claire arrivera-t-elle à changer la fin de l'histoire ?

Commentaire :
Un collège anglais installé dans l’ancienne demeure d’un auteur mystérieux de romans gothiques du 19e  R.M.Holland, un fantôme qui hanterait les couloirs –celui de sa femme- et deux meurtres brutaux imitant ceux décrits dans le célèbre roman de cet écrivain sont les ingrédients du nouveau roman d’Elly Griffiths, auteure que j’avais découverte avec « Le Secret des orphelins ».

Autant dire toute de suite que j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’installe rapidement dans l’intrigue. On nage entre enquête policière et surnaturel grâce au lieu dans lequel se déroulent les drames, et grâce à des extraits d’un roman écrit par le fameux auteur Holland. Auteur qui fait l’objet de travaux de recherches de la part de Claire Cassidy, enseignante d’anglais, dont la vie est perturbée par l’assassinat d’une collègue Ella. Celle-ci est tuée de la même manière qu’un personnage du roman. Plus troublant encore, Claire qui tient un journal, s’aperçoit qu’une main inconnue a rajouté des lignes. Qui a écrit dans son journal, qui assassine ainsi un puis deux enseignants, tous les deux proches de Claire ?

L’enquête est menée par le lieutenant Kaur, petite femme coriace, soupçonnant un temps Claire pour sauter sur une autre piste, puis une autre. Le rythme est bien mené, on vit l’histoire à travers de multiples voix, celle de Claire, de Kaur et de Georgie la fille de Claire. Ces multiples voix permettent de mieux apprécier l’histoire et ses rebondissements. La seule chose qui m’a déçue, c’est la fin. Par rapport à l’ambiance, au mystère qui règne dans la majeure partie de l’histoire, la révélation finale est comme un soufflé qui retombe trop vite.

Je remercie les Editions Hugo et Netgalley de m’avoir permis de lire cet ouvrage que je recommande.

mardi 17 décembre 2019

PS: Je ne t'ai jamais dit


Amour, adolescence, maltraitance infantile, divorce, harcèlement...

Deux lycéens qui auraient pu ne jamais se croiser.
Qui ne savaient pas ce qu
est être aimé. Et qui pourtant se sont trouvés.
Rev gardera toujours dans sa chair les cicatrices des sept années qu
il a subies sous les coups de son père. Quant à Emma, cest dans son coeur quelle porte les siennes : elle nexiste pas aux yeux de son père, et sa mère veut tout contrôler.
Rev et Emma ne se sont jamais vus que de loin. Pourtant, le hasard les réunit, un soir. Petit à petit, les deux ados blessés s
apprivoisent, et, chaque jour, partagent leurs doutes et leurs peines.
Malheureusement, ce moment de gr
âce ne pouvait pas durer. Rev est parti rendre visite à son père, qui a refait surface. Sauf quEmma a besoin daide. Harcelée par un gamer appelé Nightmare, elle sadresse à la mauvaise personne : un garçon qui fréquente le jeu vidéo en ligne quelle a créé pour s’évader. Rev rejoindra-t-il Emma à pour la sauver ?

Commentaire :
L’année dernière, j’ai lu un autre roman de cette auteure qui s’appelle « Ps: tu me manques », l’histoire de deux adolescents, marqués tous les deux par un décès, qui s’écrivaient tous les deux et discutaient de deuil et de culpabilité avant de se rencontrer. Une jolie histoire, à classer dans la catégorie Young adult. Ce roman est plus ou moins une suite, car on retrouve le personnage masculin du premier  tome –Declan- mais l’intrigue tourne autour de son ami d’enfance Rev. Celui-ci  a été un enfant martyrisé par un père obsédé par la parole de Dieu, et a été sauvé à temps par un voisin. Depuis, il vit et a même été adopté par sa famille d’accueil, des parents chaleureux, compréhensifs qui, régulièrement, se voient confier des enfants maltraités. Tout devrait aller bien mais, depuis quelque temps, il reçoit des mails de son père qui le perturbent. Car en lui, il y a toujours le petit garçon terrifié et dominé par son père, pasteur très apprécié. Alors que Rev ne sait pas comment agir par rapport à ces mails, il fait la connaissance d’Emma. Celle-ci vit dans une famille qui se désintègre, se sent mal aimée par sa mère, son père. Elle a créé un jeu vidéo mais depuis quelque temps, un joueur la harcèle. Entre ces deux adolescents fragiles, de tendres sentiments se nouent. Mais il est difficile de s’ouvrir à l’amour quand on porte en soi des souffrances.

Cette romance Young Adult m’a beaucoup plu. L’auteure aborde avec beaucoup de délicatesse le problème de la maltraitance infantile : Rev est un jeune homme qui a beau avoir grandi avec des parents adoptifs adorables, avoir construit avec son copain Declan une amitié solide, il reste un petit garçon terrifié à l’idée que son père pourrait débarquer de nouveau dans sa vie. Je l’ai trouvé touchant, plein de sollicitude pour les autres et pour Emma en particulier. Son personnage est moins réussi, je l’ai trouvée parfois agaçante avec ses soucis, à mes yeux moins tragiques que ceux de Rev ou Mathew –jeune adolescent accueilli en urgence dans la maison de Rev. Par contre, leur relation est bien développée toute en douceur et hésitation. Si vous n’avez jamais essayé le Young Adult, je vous conseille de commencer avec Brigid Kemmerer.

Je remercie les Editions Hachette et Netgalley de m’avoir permis de découvrir ce beau roman.




dimanche 24 novembre 2019

Une sorcière à la cour

Empoisonnements, complot, régicide, enquête, meurtres....

1678. Tandis que Louis XIV mène grand train à Saint-Germain et Versailles, Paris est frappé par les meurtres les plus abominables et la rumeur enfle : des empoisonneuses œuvrant pour le diable auraient infesté la ville.
Lorsque le scandale gagne la cour, le roi ordonne à La Reynie, lieutenant général de police, de démanteler les officines et de punir les sorcières. À mesure qu’il enquête, ce dernier comprend que le roi est victime d’un complot. Mais surtout, il découvre que derrière ces actes diaboliques se cache une plus grande violence encore, subie par les femmes. Maintenues toute leur vie sous l’autorité d’un père, d’un frère ou d’un mari, ont-elles d’autre choix que le crime pour conquérir leur liberté ?

Commentaire: 
Que voilà un excellent roman découvert par hasard! Je ne m'attendais pas à tant de talent: intrigue, rebondissements, personnages, style, tout m'a plu.
Mais revenons à l'histoire ou plutôt à l'Histoire: nous sommes en 1678 et le lieutenant général de la Police La Reynie, après avoir confondu et fait paraître devant ses juges la Marquise de Brinvilliers, est chargé par le roi  Louis XIV d'éradiquer toutes ces officines où on vend des potions abominables censées vous apporter l'amour ou tuer un mari ou une épouse encombrante, de se débarrasser des sorcières  qui sont nombreuses à pratiquer des sorts, à vendre des philtres à tous ceux et celles qui le demandent, y compris dans les hautes sphères de la cour.
La Reynie va découvrir que derrière ce monde de sorcières se cache un complot pour tuer le Roi. Mais le chemin pour arriver aux coupables est semé d'embûches car bien du monde a intérêt à ce que le lieutenant ne puisse rien trouver. A commencer par le roi lui-même car, parmi les dames de la haute société qui ont acheté des potions, se trouve sa maîtresse, la marquise de Montespan. Certes, le roi la délaisse de plus en plus mais il ne peut pas non plus permettre à La Reynie de l'arrêter, encore moins de l'interroger. Le scandale rejaillirait sur les enfants qu'il a eus d'elle, et sur lui. La Reynie va devoir user de subterfuges et compter sur le hasard ou ces mouchards pour mettre un terme au règne des sorcières et autres empoisonneuses, et surtout empêcher le pire des crimes, le régicide.
J'ai beaucoup aimé l'idée de mêler personnages de fiction et personnages historiques. La Reynie a vraiment existé, il est considéré même comme "le père de la police judiciaire", c'est lui qui parle tout au long du roman. Il se rend souvent auprès du roi Louis XIV pour lui rendre compte de son enquête. L'occasion pour l'auteur de décrire le roi lors d'un repas ordinaire ( ce qu'il mangeait me semble pantagruélique par contre!) ou lors de son réveil devant une petite cour qui le regarde pendant qu'on le lave et l'habille. Louis XIV est d'ailleurs un personnage important dans cette histoire car il intervient plusieurs fois avec La Reynie pour le presser sur cette affaire ou lui demander son avis. Les deux derniers chapitres sont plein de nostalgie: les deux hommes ont vieilli et l'on sent un roi fatigué et plein de regrets. Est-ce sa jeunesse qu'il pleure ou son ancienne maîtresse dont il vient d'apprendre la mort? 
Une sorcière à la cour" est un excellent roman historique et je vous le recommande vivement.


lundi 11 novembre 2019

Du poison dans la tête

Vengeance, violences faites aux femmes, perversion, manipulation, meurtre...

Le poison, c'est l'autre... Une femme, en plein hiver, se jette nue dans la Seine.  Un homme qui prend possession de ses victimes, les ruines, puis les oblige à se suicider.  Un colis qui arrive entre les mains de Magne, fait remonter à la surface une affaire de plus de 30 ans. 
Comment mener deux affaires de front, quand votre vie perso part en vrille ?

Commentaire :
J’ai découvert Jacques Saussey en participant comme jury au Prix Polar 2018 avec son roman « Ne prononcez jamais leurs noms » qui m’avait impressionnée. Depuis, j’ai lu deux autres livres du même auteur. Aussi quand ai-je vu ce roman sur Netgalley, ai-je demandé à le lire. Je ne le regrette pas même si, il faut bien le dire, j’ai trouvé ce roman en deça des autres.

Pourtant le sujet m’intéressait car Jacques Saussey évoque l’emprise de certains pervers narcissiques sur leur compagne et des ravages qu’ils peuvent provoquer. La sœur de Ludo, un des inspecteurs qui travaille avec Magne, s’est suicidée, après avoir vécu quelques mois aux côtés d’un type, toujours resté dans l’ombre, qui l’a manipulée et détruite. Il se fait aider par un autre inspecteur Fred, un geek capable de percer tous les secrets des gens sur Internet, pour retrouver cet homme et lui faire payer.

Parallèlement, Magne reçoit un colis étrange de la part d’un ami d’enfance qui l’amène à enquêter sur la mort d’une jeune fille, son premier amour d’ailleurs, violée et tuée par quelqu’un dont on n’a jamais trouvé la trace. Cette affaire personnelle va l’éloigner de sa compagne qui rencontre, de son côté, des ennuis en la personne d’une femme, revenue des ombres, et qui réclame son fils, Oscar, l’enfant adopté par les Magne.

Il y a donc trois intrigues développées dans ce roman et j’ai trouvé qu’il y en avait deux de trop. J’aurais préféré que Jacques Saussey se consacre exclusivement à l’affaire du pervers narcissique, sujet ô combien difficile,  d’autant que le personnage développé par l’auteur montrait bien tous les travers de ces hommes dont l’unique but est d’étouffer tout esprit d’indépendance chez leur femme/compagne. La manière d’ailleurs dont Fred et Ludo parviennent à coincer leur homme, m’a mise mal à l’aise. Doit-on être encore plus pervers qu’eux pour les neutraliser ? J’ai refermé le livre sans être convaincue par ce nouvel opus.

Je remercie en tout cas les Editions French Pulp et Netgalley de m’avoir permis de découvrir ce roman.




dimanche 27 octobre 2019

Elsie, tome 1: Une dernière fois

Deuil, paranormal, fantôme, esprit malfaisant...

Nouvelle dans son quartier, Elsie a sept ans lorsqu'elle rencontre Francine, une vieille dame qui habite la maison d'en face. Au fil des années, elles nouent une relation d'amitié et de grande complicité. Mais dix ans plus tard, la mort les sépare subitement. Incapable de laisser partir Francine sans lui dire au revoir, Elsie achète un jeu de Ouija dans l'espoir de rétablir le contact.
Mais la mort n'est pas un jeu. À vouloir à tout prix communiquer avec son amie disparue, la jeune fille réveillera des êtres qu'elle regrettera vite d'avoir dérangés.

Commentaire :
Je dois dire que j'ai été attirée par le résumé: une jeune fille qui a du mal à accepter le décès de sa voisine devenue au fil du temps une grande amie, fascinée par le paranormal, décide d'entrer en contact avec la morte. Comme elle est prudente, elle se renseigne sur Internet, s'arrange pour que sa meilleure amie soit présente le soir où elle décide d'utiliser le Ouija. Mais elles sont interrompues plus vite que prévu et sans l'avoir voulu, Elsie a réveillé un esprit en colère. Aussitôt une succession d'incidents se produisent et Elsie ne sait plus que faire pour contrer l'esprit.

Au vu de l'intrigue, je m'attendais à un peu plus de tension, de scènes terrifiantes mais, hélas, on frissonne à peine. Certes, c'est un roman qui s'adresse aux jeunes mais, pour en voir devant moi à longueur de journées, je sais que cette histoire les ferait à peine ciller d'inquiétude. De plus, on reste détaché des personnages, aucun n'est vraiment sympathique ou attachant. Est-ce dû à l'écriture? Bref, un roman vite lu qui ne me laissera pas grande impression.
Je remercie en tout cas les Editions La Bagnole et Netgalley de m'avoir fait découvrir cette auteure.

Livre lu dans le cadre du Week-end 1000 pages.

Qui dit coeur brisé dit mojitos à volonté

Amitié, filles, pacte, amour...

Un pacte anti-cons. Voilà ce que Louise vient de signer avec ses deux meilleures amies. Parce qu’il y en a marre de tomber amoureuse du mec canon qui vous laisse en plan à la première occasion – ou, pire, qui décide au bout de quelques mois de retourner avec son ex. Terminées les relations foireuses et les soirées passées sur le canapé à noyer son chagrin dans un mojito ! À partir de maintenant, Louise évitera soigneusement tous les hommes susceptibles de lui briser le cœur. Et pour ça, elle a un plan génial : donner une chance à ceux qui, à première vue, ne correspondent pas à ses critères.

Commentaire :
Voici le mois de novembre et ses journées qui raccourcissent, rien de tel pour oublier l'hiver qui arrive à grands pas que de lire ce roman qui fait du bien au moral. Trois copines, fatiguées de  rencontrer des loosers ou des goujats ou les deux, décident de revoir leurs critères de sélection. Terminés les mecs canons, vivent les rencontres nés du hasard, on ne sait jamais, derrière des traits lisses, peut se cacher l'amour d'une vie.

Nous voilà alors embarqués dans une suite de saynètes drôles ou émouvantes mettant en scène Louise et ses copines. Entre Emma au caractère fantasque, Clémence timide et Louise échaudée par une énième rupture, on se demande laquelle des trois parviendra à se caser. Chacune veille sur les deux autres, chacune raconte aux autres ses rendez-vous, ses ratés et ses succès. Mais et l'amour dans tout ça? Il est parfois là, juste à côté de nous, finissent pas se rendre compte les trois amies.

C'est un roman sympathique à lire, léger, rythmé qui fait du bien au moral. A lire tout en buvant un mojito! Je remercie encore les Editions Harlequin et Netgalley de m'avoir fait découvrir cette auteure.

mardi 22 octobre 2019

La maison allemande

Nazisme, procès, culpabilité, extermination...

Francfort, au début des années 1960. Eva Bruhns est une jeune femme sans histoire : interprète du polonais, elle est requise pour traduire les dépositions de témoins au second procès dAuschwitz qui vient de s'ouvrir afin de traduire en justice les crimes de dignitaires nazis. Si elle voit d'abord dans ce travail l'occasion de conquérir une autonomie financière inédite, les révélations auxquelles le procès la confronte ne tardent pas à la bouleverser. 

Commentaire :
Ce livre est tout autant un roman initiatique qu’une œuvre mémorielle car, à travers le second procès d’Auschwitz, c’est l’histoire d’une jeune allemande qui prend conscience de son individualité et celle d’une jeunesse qui (re)découvre son histoire récente, une histoire dont les générations précédentes ne veulent plus entendre parler.


Quand Eva Bruhns est sollicitée pour traduire les dépositions de témoins polonais, elle ne sait pas que cette décision va bouleverser sa vie. Jusqu’ici, Eva est une jeune fille qui aspire à une vie tranquille, elle se voit mariée à son fiancé Jürgen, un fils de bonne famille austère et exigeant, vivant sereinement sous son toit. Sa décision d’ailleurs de participer à ce procès dérange Jürgen mais aussi ses parents et surtout sa mère qui ne comprend pas qu’on puisse évoquer de nouveau le nazisme. Jürgen exerce même un chantage contre Eva : c’est lui et le mariage ou rien si elle s’obstine à vouloir servir d’interprète. Contre toute attente, Eva ne cède pas et, tous les jours ou presque, elle se rend au procès et traduit des témoignages terribles qui la bouleversent et semblent réveiller en elle des souvenirs d’une petite maison dans un endroit étrange. Comment pourrait-elle se souvenir de quoi que ce soit d’Auschwitz ? C’est en interrogeant ses parents et surtout sa mère qu’elle réalise qu’elle a vécu là-bas car son père y travaillait comme cuisinier pour les gardes… « Nous étions heureux » lui déclare sa mère quand Eva, horrifiée, lui demande comment son père et elle ont pu accepter de travailler dans ce camp d’extermination. Cette affirmation  fait froid dans le dos et Eva mesure à quel point ses parents, pourtant de braves gens, ont participé à  leur manière à la mort de milliers de gens et que leur silence fait d’eux des coupables sinon des complices. Quand le procès prend fin sans satisfaire vraiment les accusés et les victimes, Eva est une autre femme et le regard qu’elle porte sur son pays, sur ses parents a complètement changé. J’ai beaucoup aimé ce roman et l’évolution de cette jeune fille  qui en sort métamorphosée. A lire donc !

Le roman de Camille

Belle Epoque, apparition, polémique, messages, enfants...

En 1913, Camille a 8 ans. Ignorant tout de la tragédie historique qui sannonce, elle vit les derniers mois de paix dans son village de Cassel-le-Château. Privée de sa mère morte en couches, elle est cependant choyée par son père et sa grand-mère et connaît une enfance heureuse et empreinte dinnocence. Une nuit pourtant, une visite inattendue et fantastique vient bouleverser tout son univers. Bien malgré elle, Camille se retrouve investie dune mission qui la dépasse : elle doit délivrer un message à lhumanité tout entière. Pour mener à bien sa tâche, elle peut compter sur le soutien de son ami Petit-Jacques, lui aussi embarqué dans cette aventure !

Commentaire :
Il est toujours délicat de parler d’un roman écrit par un auteur que l’on connaît, on se demande si on saura rester objectif, si on saura en évoquer les qualités et les défauts sans vexer. Mais je me lance en affirmant, et ceci sans hypocrisie aucune ou tentative de copinage, que j’ai bien aimé ce premier tome d’une trilogie.
Alors, certes, j’ai trouvé qu’il était long (632 pages) et que certaines descriptions auraient pu être écourtées, certaines digressions évitées (je pense à l’introduction du personnage formidable de Monseigneur Toussaint) pour donner plus de rythme à cette intrigue qui se déroule à la fin de la Belle Epoque en France. J’ai préféré d’ailleurs la deuxième partie du roman quand les événements de Cassel devenant une affaire retentissante, on voit arriver au village la presse et le représentant de l’Eglise en la personne de Monseigneur Toussaint venus sur place vérifier si on peut parler de miracle ou de canular.  
Ce que j’ai trouvé très bien, par contre,  c’est l’évocation de cette époque, qu’on a appelé plus tard « Belle » alors qu’elle ne l’était pas tant que ça d’ailleurs, c’est la description d’une société dans laquelle chacun avait sa place et son rôle et qui disparaîtra dans le fracas de la guerre 14/18.   Les personnages sont bien croqués : la morgue du Comte de Cassel, persuadé qu’il peut encore diriger les gens comme le faisaient ses ancêtres ; la faiblesse du maire incapable de s’opposer au Comte ; la gouaille de Berthoux heureux propriétaire du café dans lequel se réfugient tous les anticléricaux du village; la dignité de Pierre Boucher et celle de ceux qui, comme lui, sont considérés comme de petites gens… Sans oublier Monseigneur Toussaint, le docteur Guitton, les journalistes Abel Lenvie et Marcel Grabher qui viennent compléter la liste de tous ceux et celles  confrontés à des événements que je qualifierai plus de mystiques que fantastiques. Car la petite Camille, personnage central de l’histoire, est bien confrontée à une apparition miraculeuse qui va la conduire à délivrer plusieurs messages dont le contenu parfois sibyllin  laisse présager des tragédies futures. Tragédies qui seront sans doute développées dans les deux tomes suivants, j’avoue que je suis très curieuse de connaître la suite. Je vous recommande  ce premier roman et je remercie au passage les Editions Librinova et Netgalley de m’avoir permis de le lire. Enfin, un grand salut à l’auteur pour la qualité de son écriture !

samedi 5 octobre 2019

Un couple irréprochable

Harcèlement sexuel, viol, meurtre, secret, manipulation...

Angela, trente ans, vit une vie confortable et routinière avec son fils surdoué de treize ans et Alex, son mari, professeur d'économie en pleine ascension professionnelle. Mais leur bonheur de façade explose lorsque Alex est soupçonné d'être un prédateur sexuel, et que l'une des deux jeunes femmes qui l'accusent disparaît. Tandis que la presse de tout le pays se repaît du scandale, Angela est partagée entre la honte, le désir de défendre son mari, et le besoin de préserver un sombre secret.

Commentaire :
Je remercie tout d’abord les Editions Presse de La Cité et Netgalley d’avoir pu découvrir ce roman qui m’a fait passer un très bon moment de lecture. On plonge immédiatement dans l’intrigue et dans le scandale qui anéantit en quelques semaines la vie d’un couple jusqu’ici sans histoires. Du moins le pense-t-on puisque, au fur et à mesure, l’auteure distille des informations sur Angela, l’épouse bafouée qui tombe des nues quand elle apprend que son si beau mari est accusé de harcèlement sexuel par une étudiante et de viol par une autre femme. Mais elle-même a bien des choses à cacher et elle n’aimerait pas que les médias s’intéressent de trop près à son passé. 

Ce qui est bien fait c’est que tout notre sympathie va tout de suite à Angela. Pauvre Angela que son mari trompait depuis des mois avec la femme, Kelly, qui l’accuse de viol. Pauvre Angela qui, déjà dans son passé, a vécu des choses douloureuse, il ne faudrait pas qu’un journaliste ressorte l’affaire. Pauvre Angela ? Je sentais bien que derrière ses airs de femme irréprochable se cachait une personne ambigüe mais la fin m’a grandement surprise. A lire donc !



Les Patriotes


Communisme, répression, étranger, famille, goulag, secret...

Alors que les États-Unis sont frappés par la Grande Dépression, Florence Fein, à seulement 24 ans, quitte Brooklyn pour une ville industrielle de lOural, dans la toute jeune URSS. Elle ny trouvera pas ce quelle espérait: un idéal dindépendance et de liberté. Comme de nombreux Refuzniks, son fils Julian, une fois adulte, émigre aux États-Unis. Des années plus tard, en apprenant louverture des archives du KGB, il revient en Russie et découvre les zones dombre de la vie de sa mère.

Commentaire :
Il ne m’a pas été facile de lire ce roman de près de 600 pages qui parcourt plus de soixante-dix ans de l’histoire d’une famille piégée en quelque sorte en URSS. L’auteur a choisi d’alterner les chapitres qui suivent les pérégrinations de Florence Fein à partir du moment où elle débarque en URSS en 1935 et ceux qui voient son fils revenir en Russie en 2008 pour un voyage d’affaires. On a deux histoires : celle de Florence venue en URSS pour retrouver un homme et persuadée que la vie est meilleure sous le ciel communiste. Et celle de son fils, qui vient pour négocier des contrats avec des hommes d’affaires russes qui ressemblent plus à des gangsters d’ailleurs, et éventuellement, obtenir le dossier de sa mère qui dort dans les archives du KGB.  Quelle que soit l’époque d’ailleurs, on se dit que vivre dans ce pays relève de la gageure, il ne fait pas bon d’être étranger là-bas, on a l’impression qu’on va se faire embarquer à tout moment et finir dans une cellule.


J’avoue que j’ai eu du mal à comprendre et à m’intéresser aux tractations commerciales entre Julian et les russes, j’ai bien saisi le côté tortueux et illégal de l’affaire mais j’ai trouvé que cela prenait trop de place dans le roman. J’ai préféré, et de loin, tous les chapitres consacrés à sa mère qui a eu cette idée folle de quitter les USA pour l’URSS. Non seulement, elle va de désillusions en désillusions, mais bientôt elle se retrouve prisonnière de ce pays quand une fonctionnaire zélée, lui confisque son passeport, pour lui redonner à la place un pauvre papier stipulant seulement qu’elle est une étrangère. Ce qui la rend suspecte d’autant plus qu’elle essaie un jour de rentrer dans l’ambassade américaine sans succès d’ailleurs, car les USA ne veulent plus entendre parler de ces compatriotes ayant fait de mauvais choix. La Grande Guerre patriotique lui permettra paradoxalement d’être à l’abri mais, avec la Guerre froide, et la paranoïa galopante de Staline, elle est arrêtée et envoyée dans le fin fond de la Sibérie couper des arbres. C’est son fils, qui des années plus tard, comprendra comment elle a pu sortir vivante de cet enfer.  J’ai eu du mal en tout cas à éprouver de l’empathie pour ce personnage féminin dur et entêté et dont les actes ne sont pas sans conséquences pour ses proches. Un roman fleuve que j’ai bien aimé. Mais pas un coup de cœur.

A crier dans les ruines

Catastrophe nucléaire, séparation, amour, patrie...

Tchernobyl, 1986. Lena et Ivan, deux adolescents amoureux l'un de l'autre, voient leur vie bouleversée par l'explosion de la centrale. Si Lena, croyant Ivan mort, part avec sa famille en France, Ivan, qui n'a pas pu quitter la zone, attend son retour. Déracinée, la jeune fille tente d'oublier son passé. Vingt ans plus tard, elle fait le chemin inverse, et repart en Ukraine.

Commentaire :
Depuis que j’ai regardé la série « Chernobyl » à la télévision, j’ai cherché à lire des ouvrages sur cette catastrophe et je suis tombée sur ce roman. La couverture et le titre surtout m’ont immédiatement emballée et j’ai lu, très vite ce roman que je vois comme une histoire d’amour et de deuil. Je trouve que ces deux thèmes se comprennent de deux manières : il y a l’amour entre les deux adolescents Léna et Ivan qui perdure malgré la distance et la certitude pour Léna de la mort d’Ivan. Mais on trouve aussi l’amour de la patrie, très forte chez Léna même si celui-ci n’est pas tout de suite conscient chez elle. Mais ses études, ses lectures, tout la ramène dans ce pays dont on l’a arrachée subitement un jour d’Avril 1986.


Et puis il y a le deuil : celui d’un pays, d’une ville –Pripiat- abandonnée du jour au lendemain par ses habitants car on ne peut plus y vivre. Celui de tous ces gens obligés de tout laisser sur place, déchirés de devoir quitter leurs terres, leurs animaux, leur vie même pour se retrouver entassés dans des immeubles à Kiev sans aucune perspective de retour. Sans compter tous ceux qui sont morts des suites de la catastrophe. Un deuil national qui pèse encore aujourd’hui  parmi la population. Un deuil plus personnel qui touche aussi bien Léna qu’Ivan : chacun, à sa manière, est affecté par cette tragédie mais c’est Ivan qui est le plus touché. Non seulement il perd Léna, partie brutalement pour la France, mais il perd aussi sa petite sœur, son père…

L’écriture d’Alexandra Koszelyk est belle, presque lyrique. Elle donne du souffle à cette histoire déchirante, à cet amour sublimé par la distance (dans le temps et l’espace), à ces deux adolescents dont on attend (dont on espère) les retrouvailles. Un très beau moment de lecture !

samedi 21 septembre 2019

Patients

Accident, handicap, reconstruction, leçon de vie...

"Patients" est le premier livre de Grand Corps Malade. Avec la plume poétique, drôle et incisive qu’on lui connaît, il livre le récit de son année de convalescence dans un centre de rééducation pour handicapés lourds. Il nous fait entrer dans ce monde méconnu qu'il découvre alors : l'immobilité totale, les soins quotidiens, les médecins et les infirmiers dont on est entièrement dépendant. Des histoires personnelles, émouvantes, parfois drôles, toujours instructives des autres patients qu’il côtoie. Avec ses camarades de chambrée, handicapés tout comme lui, il vit, le temps de cette renaissance en rééducation, des péripéties truculentes et cocasses, entre les rires et les larmes, qu’il nous raconte avec humour et beaucoup de générosité. Patients est une leçon de vie, et d’optimisme, pour chacun d’entre nous.

Commentaire :
J’aime beaucoup Grand Corps Malade, ses textes sont poétiques et abordent des sujets parfois difficiles. J’ai en tête notamment « Sixième sens » qui évoque l’accident qui a changé le cours de sa vie, je l’ai souvent étudié avec des élèves pour la leçon de vie qu’il délivre. J’avais vu qu’il avait écrit « Patients » mais je n’avais pas pris la peine de le lire. Et puis comme je cherche une autobiographie à faire lire à mes élèves, je me souvenu de ce livre et je l’ai lu…

La lecture de « Patients «  m’a beaucoup touchée : pas de surenchère dans le pathos, rien de larmoyant ni de lourd, tout est dans la retenue et la dignité. On connaît l’accident qui a cloué Grand Corps Malade sur un lit et lui a fait vivre des mois de travail pour vaincre son propre corps et recommencer à marcher. Et pourtant il en parle avec tellement de pudeur qu’on a l’impression, mais l’impression seulement, que sa guérison a été facile. Pourtant à travers les pages, on sent la souffrance, la gêne, l’humiliation qu’on peut ressentir à se sentir diminué, à n’être qu’un corps qu’on manipule, qu’on déplace plus ou moins maladroitement (je pense à Christiane l’aide-soignante surnommée « Le sanglier des Ardennes » gentille mais si gauche), à vivre avec ce  corps si familier et étranger en même temps. Après cette lecture, on ne peut que se louer d’être en bonne santé.

Ma lecture m’a donc convaincue de lire ce roman avec mes élèves car au-delà de l’histoire personnelle de Grand Corps Malade, c’est aussi l’occasion de travailler sur la différence, le regard sur les autres, le handicap, etc. Je n’espère qu’une chose, que mon approche sera à la hauteur de ce livre émouvant.

En chute libre


Fuite, secret, famille, amour...

Elle va lui donner une raison de se battre.Il va lui apprendre à affronter ses peurs. Solomon Sanders n’a pas de temps à perdre avec les sentiments. Depuis toujours, la violence fait partie de son monde, de son ADN. Il se bat pour ce qu’il croit juste, pour les personnes auxquelles il tient, pour sauver les quelques graines de bonté qui subsistent dans le désert aride qu’est la ville de The Point. Alors, quand il tombe sur une jeune mère célibataire et sa fille en train de se faire agresser dans une ruelle sombre, il réveille la bête  ; celle qui le transforme en monstre tatoué, en montagne de muscles et de rage. Sa mission accomplie et les damoiselles sauvées, Solomon est bien déterminé à oublier cette rencontre et à reprendre son quotidien. Mais, lorsqu’il découvre qu’Orley et sa fille, Noble, sont ses nouvelles voisines, il pressent que sa vie ne sera plus jamais la même…

Commentaire:

Ce roman se déroule dans le même univers que celui qui est décrit dans la série Bad, et d'ailleurs on en retrouve quelques uns des personnages, mais il n'appartient pas à la série et peut se lire sans problèmes si vous ne la connaissez pas.

C'est une romance contemporaine toute mignonne qui nous est racontée. Orley, pendant longtemps jeune fille riche et gâtée a fui sa famille pour protéger sa fille. Elle a tout quitté et se retrouve dans le quartier the Point où on peut se faire détrousser voire tuer pour un regard. D'ailleurs, un soir, alors qu'elle rentre dans son appartement, Orley  est agressée par un type prêt à en faire son dessert quand elle est sauvée par son voisin Solo. Celui-ci, normalement, évite de se mêler des affaires des autres, entre boulot de mécanicien, études, combats et sa mère dont il a la charge, il ne peut pas s'intéresser à sa voisine. Mais le coeur a ses raisons que la raison ignore et le voilà bientôt amoureux, et réciproquement. Mais la belle a des secrets qui finissent par la rattraper...

Encore une fois, je me suis laissée avoir par l'écriture addictive de Jay Crownover, j'ai beau être une adulte mature comme on dit, j'ai été embarquée par cette histoire d'amour entre deux jeunes gens que tout sépare. Du rythme, de l'amour, un méchant pour donner du piment, et la mayonnaise prend. J'ai d'ailleurs préféré ce roman au dernier tome de la série Bad.
 Je vous le recommande et je remercie au passage les Editions Harper Collins et Netgalley de m'avoir permis de le lire.