mardi 21 avril 2020

L'orpheline de Salisbury


Meurtre, époque victorienne, condition féminine, enquête....

Mars 1870. Londres est recouvert de brouillard et de glace. Mais Ben Ross, inspecteur de Scotland Yard, a bien d'autres soucis que la météo lorsque le cadavre d'une jeune femme est retrouvée dans une poubelle derrière un restaurant de Piccadilly.
Ben doit dresser le portrait de la victime avant de comprendre comment et pourquoi elle s'est retrouvée là. Son enquête le conduit d'abord chez un bottier de Salisbury, puis chez un propriétaire terrien du Yorkshire. Au même moment, Lizzie, l'épouse de Ben, secondée par Bessie, leur domestique à qui rien n'échappe, enquêtent sur une mystérieuse affaire de femme emprisonnée dans sa propre maison.
Tandis que Ben se lance dans une enquête de plus en plus complexe, Lizzie va découvrir une pièce essentielle du puzzle qui lui permettra de s'approcher au plus près de la vérité.

Commentaire:

Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de lire des ebooks et, croyez-moi, en cette période de confinement, c’est pratique car on peut acheter des romans. C’est le cas pour ce nouvel opus d’Ann Granger mis à disposition (enfin contre espèces !) par les Editions 10/18.


Pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas Ann Granger, c’est une auteure de romans policiers se déroulant pendant l’ère victorienne et qui met en scène un couple Ben et Lizzie Ross. Ben est inspecteur au Scotland Yard et Lizzie est sa femme qui apporte son aide –pas toujours appréciée à son juste titre- dans les enquêtes. Cela rappelle le couple Pitt d’Anne Perry même si les aventures des époux Ross sont moins élaborées il faut le reconnaître. Ceci dit, j’aime bien Ann Granger car elle décrit remarquablement bien la société victorienne et le Londres de la deuxième moitié du 19 ème siècle. C’est le principal atout de cette série qui compte 7 tomes maintenant.

Dans ce nouveau tome, l’action commence au mois de mars 1870, il fait très froid et le brouillard qui tombe sur la ville permet à peine de voir où on marche. C’est dans cette atmosphère que le cadavre d’une jeune fille est retrouvé dans l’arrière-cour d’une auberge. Ben Ross se lance alors dans une enquête qui va le mener sur les traces d’Emily Devray, une jeune femme qui a eu le malheur de naître pauvre et de devenir orpheline. Pendant ce temps, sa femme Lizzie est amenée à se renseigner sur le sort d’une autre jeune fille, probablement séquestrée chez elle. Les deux affaires ont-elles un lien ? A vous de voir ! Je vous conseille ce roman policier qui se lit agréablement.

Challenge Babelio Multi-défis 2020

Jubilee


Esclavage, Guerre de Sécession, abolition, reconstruction, racisme...

Considéré comme l'Autant en emporte le vent des Noirs américains, cette vaste épopée raconte l'histoire de Vyry, l'arrière-grand-mère de Margaret Walker: esclave, fille d'esclave et d'un maître blanc, son destin se confond avec la longue marche vers la liberté. Partagée entre son amour de jeunesse et son époux, passionnément dévouée à ses enfants, Vyry incarne la promesse d'un monde nouveau.


Commentaire:

J’ai ce roman depuis des années dans ma bibliothèque (depuis 1989 pour être exacte !) et je n’avais encore jamais pris le temps de le lire. Or, après la relecture du roman de Kathryn Stockett « La couleur des sentiments », je cherchais une lecture similaire. Et puis en regardant les lectures de mes ami(e)s babéliotes, j’ai lu le commentaire enthousiaste d’Annette55 sur ce roman (merci à elle !). Et je suis allée, derechef, le dénicher dans ma bibliothèque pour le lire et, même, le dévorer.


La quatrième de couverture le présente comme le « Autant en emporte le vent » noir. Pour avoir lu Margaret Mitchell, effectivement on trouve des ressemblances puisque sont évoquées les années de la Guerre de Sécession et celles de la reconstruction. Mais les ressemblances s’arrêtent là car « Jubilee » c’est d’abord et surtout la vie de Viry, fille d’une esclave et d’un maître blanc, qui nous est racontée. Le fait qu’elle soit née blanche et qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à l’autre fille de John Sutton, ne change rien à sa condition : esclave, elle est, esclave,  elle le demeurera. Cette leçon lui est durement apprise, et pendant des années, Viry ne croit pas à la liberté dont on lui parle. Sa rencontre avec Randall Ware, homme noir libre qui lui promet mariage et liberté, ne changera rien à sa situation. Lui-même en danger, il la quitte, la laissant sur la propriété des Sutton. Alors certes, la guerre de Sécession va changer la donne et apporter cette liberté tant attendue mais la paix n’apportera pas le bonheur tant espéré. Margaret Walker a très bien décrit ces années difficiles d’après-guerre qui montre des sudistes vaincus,  amers et violents, considérant toujours que les noirs sont des êtres inférieurs, regrettant que l’esclavage ait été aboli. Viry et son deuxième mari en font l’amère expérience, eux qui errent à travers l’Alabama, à la recherche d’un endroit où ils pourraient s’installer sans être en butte à la violence du KKK. Ce qui ressort de cette lecture c’est le portrait de Viry, une femme de caractère, pleine d’empathie pour les autres qui, jamais ne cède à la haine, jamais  ne ploie face à l’adversité, qui, toujours, lutte pour des lendemains meilleurs. 

Challenge Babelio Plumes féminines 2020

Munkey diaries


Artiste, journal, amour, carrière...

On croyait tout connaître de Jane Birkin, tant elle fait partie de notre histoire depuis cinquante ans, jusqu’à ce livre qui nous fait vivre une époque flamboyante, du Swinging London au Saint-Germain-des-Prés des années 70, et donne à lire le quotidien d’une grande amoureuse, désopilante et fantasque, et d’une artiste exceptionnelle.
Un journal à la fois intime et universel.

Commentaire:

Comme j’aime bien Jane Birkin, je me suis laissé tenter par cet ouvrage qui rassemble ses journaux intimes écrits entre 1957 et 1982 entrecoupés de textes écrits par elle, où elle précise des faits, des noms, des anecdotes. J’ai eu un peu de mal au départ à entrer dans la vie de cette artiste fantasque car les premiers chapitres correspondent à l’adolescence de Jane et ses réflexions semblent décousues ou symptomatiques d’un esprit qui se construit. Et puis, à partir du moment où elle rencontre John Barry, puis Serge Gainsbourg, les pages deviennent plus intéressantes. C’est l’occasion de s’apercevoir que John Barry fut une rencontre avortée dès le départ, visiblement la différence d’âge, les attentes différentes de Jane et de John ont très vite mis un terme à leur couple. Et puis il y a la rencontre avec Serge Gainsbourg qui a profondément marqué Jane Birkin et même, après l’avoir quitté, on sent dans ses écrits qu’il est resté un homme primordial pour elle. Elle explique d’ailleurs en préambule que le singe en peluche que l’on voit sur la couverture, a été déposé par ses soins dans le cercueil de Gainsbourg, comme pour veiller sur lui.


On rit beaucoup dans ce journal, notamment parce qu’elle décrit des scènes cocasses qui se sont déroulées dans sa vie personnelle ou professionnelle : j’ai en mémoire notamment la description d’une soirée organisée lors d’un tournage où elle a vu arriver Yul Brunner déguisé en clown. On rit mais aussi on s’émeut lorsqu’elle parle de ses filles et notamment de sa fille aînée qui, je le rappelle s’est suicidée. Et enfin on pleure devant la tristesse de Jane Birkin quand elle a pris la décision de quitter Serge Gainsbourg. On sent en elle un éternel regret tout en sachant qu’elle devait le quitter. A découvrir !

mardi 14 avril 2020

La couleur des sentiments


Ségrégation, USA, domesticité, amitié, secrets...

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre État, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée.

Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui ‘la élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot.

Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

Commentaire:

Après 820 ( !!)  commentaires sur Babelio à propos de ce roman, que dire de plus qui n’a déjà été dit ? Ce roman fait partie de mon top personnel si je devais partir sur une île déserte, je l’ai lu il y a quelques années. Et, j’ai eu envie soudainement de le relire, retrouver ces personnages qui m’avaient fait sourire et pleurer. Est-ce que cette deuxième lecture a confirmé mon coup de cœur d’origine ?

Oui, mille fois oui ! Cette histoire, une fois de plus, m’a touchée par la description d’une société ségrégationniste qui permet à Hilly, une jeune femme qu'on aimerait ne pas connaître,  de rassembler des fonds pour ces pauvres Africains qui meurent de faim, tout en expliquant partout à qui veut l’entendre qu’on doit installer des toilettes à part pour les bonnes noires, car tout le monde sait que les noirs véhiculent des maladies… Sans parler de cette société blanche très comme il faut qui rejette le moindre faux pas, surtout si ce pas appartient à une Célia Foote qui  a eu l’audace d’épouser l’ex de Hilly…

Mais ce qui m’a le plus touchée, ce sont ces domestiques noires qui partagent la vie de ces familles blanches, cuisinent, lavent, rangent, habillent, coiffent, élèvent leurs enfants, les consolent et les aiment sans que, jamais, il ne vienne à l’esprit de ces familles de les en remercier. Elles font partie du paysage et doivent rester à leur place. C’est ce que fait Aibileen depuis des années, venir chaque jour dans la maison de blancs pour s’occuper de leurs enfants : au début du roman, elle s’occupe de Mae Mobley, une petite fille de deux ans, c’est le 18ème enfant dont elle s’occupe. Elle en a vu des bébés, elle les a aimés et ce qu’elle ressent pour Mae c’est de l’amour, un amour maternel que la propre mère de Mae est incapable de lui donner. S’il fallait un mot pour désigner Aibileen, ce serait la « dignité » : face à l’humiliation, la souffrance, la perte de son unique fils, elle est là, digne. Et le « couple » qu’elle forme avec Minny, son amie, est formidable. Autant Aibileen se tait, autant Minny sa fâche, crie sa colère et l’injustice ressentie chaque jour. Aussi, quand elles sont entraînées par Skeeter dans l’écriture de ce livre sur les bonnes de Jackson, on a peur pour elles, peur que leurs patronnes devinent qui a dit quoi, tout en riant sous cape en découvrant « la chose abominable » commise par Minny.
Ce roman est un hommage formidable à toutes ces femmes qui ont servi dans l’ombre ces familles blanches, mais c’est aussi un hommage à toutes les femmes en général. Je ne sais pas si vous avez fait attention mais les quelques hommes qui traversent le roman brillent par leur fadeur, leur faiblesse et je ne parle même pas du fiancé de Skeeter… C’est donc un roman à lire et à relire !

Challenge Multi-défis 2020
Challenge Pavés 2020

No tears for you


Amour, mensonge, secret, famille, musique...

Il y a dix ans, Rory et Mal ont partagé la nuit d’amour la plus mémorable de leur vie. Alors que rien ne les prédestinait à se revoir, ces deux inconnus se sont promis de tout quitter pour l’autre s’ils étaient un jour amenés à se recroiser.
Depuis cette soirée, chacun a refait sa vie. Rory a un super boulot, un super appart et un super copain. En somme, elle est à des kilomètres de celle qu’a rencontrée Mal, dix ans auparavant. Ce dernier est devenu une star de la musique que s’arrachent les plus grandes maisons de disques. Malgré son succès auprès des femmes, il n’a pas oublié Rory et le pacte qu’ils ont fait lors de leur rencontre.
Lorsqu’ils se retrouvent à New York, Rory est troublée par les sentiments contradictoires que Mal fait resurgir en elle. Respectera-t-elle la promesse qu’elle lui a faite ou choisira-t-elle de tourner le dos au passé ?


Commentaire:

J’ai découvert cette auteure de New Adult en lisant sa série « Sinners » (4 tomes). J’avais bien aimé même si tous les tomes n’étaient pas d’égale qualité. Aussi quand ai-je vu ce nouvel opus, je l’ai demandé et je remercie au passage les Editions Harper Collins et Netgalley de m’avoir permis de le lire.


« No tears for you » se déroule en deux temps : peu de temps après la mort de son père qu’elle n’a jamais vue, Rory se rend en Irlande pour en savoir un peu plus. Elle va y passer 48h, durant lesquels elle aura le temps de  découvrir une demi-sœur infecte, un musicien beau comme un dieu avec qui elle va passer la nuit puis le quitter après une promesse improbable de se revoir. Huit ans plus tard, Rory, devenue photographe, voit revenir dans sa vie Mal (Malachy en fait), un Mal amer et distant, devenu parolier richissime avec qui elle doit travailler. Les voilà de retour en Irlande, pays de tous les secrets et Rory va devoir supporter les humeurs de Mal, les caprices d’un chanteur drogué jusqu’au nez et les secrets de famille qui lui reviennent en pleine figure.

Voilà pour l’intrigue. Quant aux personnages, on retrouve un peu les personnalités déjà développés dans les précédentes histoires de L.J. Shen. Un mec beau comme un dieu, arrogant, sûr de lui et de l’effet qu’il déclenche sur le sexe féminin. Et une jeune femme belle et intelligente mais incapable de se raisonner et de résister aux avances brûlantes du dit mec. Mal et Rory suivent le même chemin que celui des autres héros/héroïnes de LJ Shen : attraction, désir, rejet et enfin réconciliation. Alors, certes, j’ai passé un bon moment de lecture en leur compagnie mais je dois dire que leur attitude m’a parfois agacée et au final, j’ai apprécié sans plus leur romance. A vous de voir…

jeudi 9 avril 2020

Les oubliés du dimanche


Vieillesse, transmission, souvenirs, secrets de familles, amours...

Justine, vingt et un ans, vit chez ses grands-parents avec son cousin Jules depuis la mort de leurs parents respectifs dans un accident. Justine est aide-soignante aux Hortensias, une maison de retraite, et aime par-dessus tout les personnes âgées. Notamment Hélène, centenaire, qui a toujours rêvé d'apprendre à lire. Les deux femmes se lient d’amitié, s'écoutent, se révèlent l'une à l'autre. Grâce à la résidente, Justine va peu à peu affronter les secrets de sa propre histoire. Un jour, un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite et fait une terrible révélation.
À la fois drôle et mélancolique, un roman d'amours passées, présentes, inavouées... éblouissantes


Commentaire:

Un petit bijou qui dormait dans ma bibliothèque depuis des mois et que j’ai choisi par hasard, un après-midi où je me demandais quoi lire. L’intrigue de base est pourtant loin d’être folichonne : une jeune fille 20 ans –Justine- dont la vie est coincée dans un village, travaille dans une maison de retraite, vit avec ses grands-parents et son frère, et, de temps en temps, en guise de soupape, boit et couche avec un type surnommé « je-me-rappelle-plus-comment ». Heureusement il y a tous ces gens âgés qu’elle côtoie, avec qui elle parle ou qu’elle écoute parler. Ce qu’elle aime Justine, c’est surtout écouter Hélène lui parler de Lucien son grand amour… Et Justine de tout noter dans un cahier bleu, de rêver à propos de cet homme. Cette existence routinière n’empêche pas Justine de se demander ce que lui réserve la vie, ou de s’interroger sur son passé, sur ses parents morts dans un accident de voiture. Un incident va justement lui permettre d’en savoir un peu plus.

J’ai adoré, vraiment, j’ai lu d’une traite cette histoire avec des larmes au bord des yeux, avec le sourire aux lèvres aussi car tout n’est pas triste dans ce roman bien au contraire. Il parle de la vie, de nos amours, de nos relations avec notre famille. Hélène ce sont nos grands-mères qu’on n’a pas assez écoutées, qu’on n’est pas souvent allées voir dans ces maisons de retraite qui nous font peur, ces « oubliés du dimanche »comme le dit si joliment Valérie Perrin. Un roman qui vous amène à vous dire qu’on ferait bien de faire plus attention à sa famille, surtout en ces temps actuels. Je vous le recommande si vous ne l’avez pas déjà lu.

Challenge Multi-défis Babelio 2020

vendredi 3 avril 2020

Champ de tir

Réseaux sociaux, harcèlement, vengeance, mensonge, meurtres...

D'habitude si paisible, la petite ville de Promise Falls est en ébullition.
C'est d'abord un type ahuri qui débarque dans le bureau de l'inspecteur Duckworth en prétendant avoir été kidnappé et passé à tabac. Sur son dos, un tatouage l'accuse d'être un meurtrier. Et puis il y a l'affaire Jeremy Pilford. Ce gosse de riche arrogant, soupçonné d'avoir écrasé une jeune fille, vient d'engager le privé Cal Weaver pour assurer sa sécurité. Acquitté au tribunal pour irresponsabilité, l'adolescent se retrouve lynché dans les médias et harcelé par une meute d'anonymes.
Qui sont ces bons redresseurs de torts, ces social justice warriors rassemblés sur les réseaux sociaux, déterminés à faire payer les supposés criminels ? Quelles sont leurs intentions ? Et sont-ils toujours bien informés ? Alors que la ville ressemble à un champ de tir, Duckworth et Weaver ne seront pas trop de deux pour lutter contre cette chasse aux sorcières des temps modernes...

Commentaire :
À ceux qui considèrent que les réseaux sociaux véhiculent surtout la bêtise, la haine et la violence, vous en aurez une preuve supplémentaire en lisant ce nouveau roman de Linwood Barclay. « Champ de tir » se passe une fois de plus à Promise Falls, une petite ville américaine qui a beaucoup souffert ces derniers mois (meurtres, incendies, empoisonnement de l’eau…). Alors qu’elle se prépare à « fêter » les événements de l’an passé, l’inspecteur Duckworth voit arriver dans son bureau un jeune homme qui prétend avoir été enlevé et malmené, sur son dos un tatouage qui l’accuse d’un meurtre… Parallèlement le détective Cal Weaver est engagé pour assurer la sécurité d’un jeune garçon accusé d’avoir provoqué la mort d’une jeune fille, et pourtant acquitté. Son arrivée dans la ville suscite sur les réseaux sociaux des messages de haine. Pendant que Weaver cherche un moyen de protéger efficacement Jeremy en quittant la ville pour se réfugier dans un endroit plus sécurisé, Duckworth fait le rapprochement avec une affaire : un certain Craig Pierce auteur d’une agression sur une handicapée mais relâché par la justice, a été enlevé un soir par des inconnus, attaché et torturé. Cet acte avait été revendiqué sur un réseau appelé « Just Deserts » où des inconnus se vantaient d’avoir fait justice. Et justement, l’un des membres de ce réseau aimerait faire payer à Jeremy son acte.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec « Champ de tir », l’intrigue suit alternativement l’enquête de Duckworth et la mission de Weaver. Si au départ, on pense que les deux sont séparées, très rapidement on comprend qu’elles sont liées et que le sort de Jeremy dépend autant de l’efficacité de Duckworth que du professionnalisme de Weaver. Dès lors, le rythme s’accélère et on lit les derniers chapitres en se mordant les doigts ou presque en espérant une fin heureuse… Il y a bien une fin, maintenant à la vue de la dernière page, on peut s’interroger sur la notion de fin heureuse.

Je vous recommande vivement ce roman et je remercie au passage les Editions Belfond et Netgalley de m’avoir permis de le lire.

Restez chez vous et lisez ! 


dimanche 29 mars 2020

Les incroyables aventures des soeurs Shergill

Deuil, famille, pèlerinage, condition des femmes, Inde...

Dans la famille Shergill, il y a :
Rajni, l’aînée, mère de famille au bord de l’implosion depuis que son fils ado lui a fait une révélation fracassante.
Jezmeen, la séductrice un brin égoïste, petite actrice londonienne dont le dernier bad buzz tourne en boucle sur les réseaux sociaux.
Et enfin, Shirina, la docile cadette, dont le parfait mariage arrangé commence à sérieusement battre de l’aile.
Trois sœurs que tout oppose et qui vont devoir se supporter pour réaliser la dernière volonté de leur mère : accomplir un pèlerinage en son honneur en Inde, de Delhi au Temple d’or d’Amritsar.

Combien de temps avant que tout dérape ?
Les voies d’une mère sont impénétrables... Dans ce pays aux facettes multiples, et parfois violentes, les sœurs Shergill embarquent pour un incroyable voyage à la découverte de leurs racines et d’elles-mêmes.

Commentaire :
Ce beau roman que j’ai lu rapidement est une invitation au voyage. J’ai pu, pendant quelques heures partir en Inde, visiter les lieux les plus sacrés pour les sikhs, humer les odeurs des plats qui m’avaient l’air bien alléchants. Dommage on est en période de confinement, les saveurs exotiques attendront.

Mais au-delà de ce voyage qui est en fait un pèlerinage imposé par une mère morte d’un cancer à ses trois filles pour lui rendre hommage et renouer des liens distendus entre elles, c’est un roman à la fois émouvant, drôle, triste qui nous est proposé. Quand les trois sœurs se retrouvent à Delhi, ce ne sont pas les joyeuses retrouvailles auxquelles on pourrait s’entendre. Chacune est  au bord de la rupture : Rajni l’aînée se ronge les sangs à propos de son fils, Jezmeen est convaincue que sa carrière d ‘actrice est morte avant d’avoir décollé et Shirina la petite dernière cache un secret très lourd. Mais leur mère tenait à ce que ce voyage se fasse, alors enterrant leur rancoeur et leur tristesse, Rajni, Jezmeen et Shirina commencent leur pèlerinage/hommage à leur mère. Un peu perdues dans ce pays qui les fascine (notamment pour Jezmeen) mais en même temps les rappelle à leur propre condition de femme, elles exécutent les souhaits de leur mère. Cette obligation d’être ensemble les oblige peu à peu à parler, se révéler, régler des comptes, à se retrouver.

J’ai beaucoup aimé les descriptions des temples sacrés et même si ce n’est pas toujours facile de visualiser ces lieux, j’ai eu l’impression de rentrer à la suite des trois sœurs dans le « gurdwara de Bangla Sahib », de me purifier dans les eaux du « sarovar d’Amristar ». Mais ce que j’ai surtout aimé ce sont ces trois sœurs aussi attachantes l’une que l’autre, une petite préférence tout de même pour Shirina si fragile, confrontée à un douloureux dilemme.  Car ce roman permet aussi d’aborder les inégalités entre hommes et femmes en Inde, les interdits et les tabous qui pèsent sur les femmes.

Je ne peux que vous recommander ce roman et je remercie au passage les Editions Belfond et Netgalley de m’avoir permis de le lire.

Challenge Multi-défis Babelio 2020
Challenge Plumes féminines Babelio 2020

mercredi 25 mars 2020

Blanc mortel

Chantage, meurtre, préméditation, famille, enquête...

Lorsque Billy, un jeune homme perturbé, vient demander l'aide du détective privé Cormoran Strike pour enquêter sur un crime dont il pense avoir été témoin durant son enfance, Strike est perplexe. Billy, de toute évidence, est psychologiquement instable et ne parvient pas à se souvenir de nombreux éléments concrets. Il semble néanmoins sincère et son histoire crédible. Mais avant que Strike n'ait le temps de l'interroger, Billy, paniqué, parvient à s'enfuir.
Afin de percer le mystère de l'histoire racontée par Billy, Strike et Robin Ellacott autrefois son assistante et désormais sa partenaire à l'agence s'engagent sur un chemin sinueux à travers les bas-fonds de Londres jusqu'à un sanctuaire secret au coeur du Parlement, puis dans un magnifique mais sinistre manoir de la campagne anglaise. Alors que l'enquête s'avère labyrinthique, la vie de Strike est également loin d'être rectiligne : sa nouvelle notoriété en tant que détective l'empêche désormais d'opérer en sous-main, comme à son habitude. De plus, sa relation avec son ancienne assistante devient plus périlleuse que jamais Robin lui est certes indispensable professionnellement, mais leur relation personnelle se complique de jour en jour...

Commentaire :
Le roman commence par la fin du troisième tome, à savoir le mariage de Robin et de son fiancé (argh !) et Cormoran qui était présent n’a rien fait… Quelques mois plus tard, Robin a retrouvé le chemin du bureau de détectives et, en plus de ses missions de secrétaire, elle effectue des filatures à son immense contentement même si les relations avec Cormoran sont empreintes de gêne et d’une certaine froideur. Heureusement, les choses vont s’arranger quand Cormoran, appelé par un député –Chiswell-  soumis à un chantage, lui demande d’infiltrer le Parlement en tant que fausse assistante pour tenter de trouver l’auteur de ce chantage. Problème, le député est retrouvé assassiné et l’enquête prend un virage inattendu. Pendant ce temps, la vie privée de nos deux enquêteurs subit, elle aussi, des hauts et des bas.

Une fois de plus, Robert Galbraith nous conte une enquête très longue (encore près de 700 pages) et on se dit parfois qu’il pourrait y avoir des coupures. Heureusement son couple –qui ne l’est pas encore mais j’ai bon espoir) nous permet de ne pas décrocher. J’ai suivi avec intérêt les déboires de Robin sans en dire plus, de même le retour de Charlotte dans la vie de Cormoran (celle qui le quittait au début du premier tome). Ce mélange de vie privée et d’enquête fonctionne bien, cela me fait penser –en moins tragique sans doute- aux romans d’Elizabeth Georges. J’attends la suite avec impatience.

Challenge Multi-défis 2020
Challenge Pavés 2020


La carrière du mal

Tueur en série, enquête, passé...

Lorsque Robin Ellacott reçoit ce jour-là un mystérieux colis, elle est loin de se douter de la vision d’horreur qui l’attend : la jambe tranchée d’une femme.
Son patron, le détective privé Cormoran Strike, est moins surpris qu’elle, mais tout aussi inquiet.
Qui est l’expéditeur de ce paquet macabre ? Quatre noms viennent aussitôt à l’esprit de Strike, surgis de son propre passé. Quatre individus capables les uns comme les autres, il le sait, des plus violentes atrocités.

Les enquêteurs de la police en charge du dossier ne tardent pas à choisir leur suspect idéal – mais Strike, persuadé qu’ils font fausse route, décide de prendre lui-même les choses en main.
Avec l’aide de Robin, il plonge dans le monde pervers et ténébreux des trois autres coupables potentiels. Mais le temps leur est compté, car de nouveaux crimes font bientôt surface, toujours plus terrifiants…

Commentaire :
Ce nouvel opus de Robert Galbraith met nos nerfs à rude épreuve. En effet, dès les premières pages, on bascule dans le meurtre sordide : Robin la secrétaire de Cormoran Strike reçoit un colis dans lequel se trouve une jambe de femme. A quelle malheureuse appartient-elle ? Qui l’a tuée et démembrée ? Et surtout pourquoi avoir envoyé le paquet directement à Cormoran ? Rapidement il a la conviction que le tueur se trouve certainement parmi des hommes qui font partie de son passé. Aussi parallèlement à une enquête très longue (726 pages !) qui nous emmène sur de fausses pistes, l’auteur nous régale avec la vie de Cormoran, notamment sa jeunesse qui ne faut pas une sinécure. Mais mieux encore, cette enquête resserre les liens qui existent entre Cormoran et Robin, dont la vie est mise en danger, à la grande terreur de Cormoran.

Le chemin est donc long avant la révélation finale qui m’a surprise alors que je pensais avoir découvert le coupable (décidément je suis nulle pour comprendre les indices) mais j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, surtout quand on se demande si Robin va vraiment épouser son crétin de fiancé. La suite au prochain numéro !

Challenge Multi-défis 2020
Challenge Pavés 2020
Challenge Mauvais Genre 2020

samedi 21 mars 2020

Les enfants perdus de Ste-Margaret

Fille-mère, Angleterre, maltraitance, meurtres...

Des lettres bouleversantes.
Une jeune femme enfermée.
Un mystère à résoudre.
1956. Ivy Jenkins s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Mais la société puritaine britannique des années 1950 ne lui permettra pas de profiter de ce bonheur. Abandonnée par son amant, répudiée par sa famille, elle est internée de force à St. Margaret, un couvent pour mères célibataires. Très rapidement, l’institution la sépare de son bébé. 2017. Samantha Harper, une jeune journaliste, tombe sur des lettres déchirantes qui révèlent les terribles conditions de détention d’Ivy Jenkins à St. Margaret. Au fil de ses recherches, elle découvre une série de morts suspectes. Alors que le couvent est sur le point d’être démoli, il ne lui reste plus que quelques heures pour faire éclater la vérité. Avant qu’elle ne soit ensevelie à jamais...

Commentaire :
Vous souvenez-vous du film magnifique de Peter Mullan « The Magdalene sisters », sorti en 2001 ? Le réalisateur s’était intéressé au sort de ces jeunes filles rejetées par leurs familles pour avoir fauté (enfin la définition du mot faute étant très large, une jeune fille violée étant considérée comme fautive…) et qu’on avait envoyé dans ces institutions dites charitables, tenues par des sœurs que n’étouffait pas la charité chrétienne, et qui les maintenait dans une forme d’esclavage en les faisant travailler toute la journée. Ici régnaient l’intolérance, la méchanceté voire la cruauté. Elles ne pouvaient en sortir que si un homme (père, mari ou frère) venait les chercher. Le roman d’Emily Gunnis évoque ces mêmes institutions en Angleterre, dans le Sussex.

Le roman commence par une lettre écrite par une certaine Ivy, lettre déchirante adressée à Elvira, pauvre gamine enfermée dans cette institution (quel péché doit-elle payer ?) où elle la supplie de s’enfuir car pour elle, c’est fini, on vient la chercher pour l’emmener dans un asile psychiatrique. Puis, on bondit dans le temps et on fait connaissance avec une journaliste Sam, ballottée entre un supérieur hiérarchique qui ne lui donne que des rubriques « chiens écrasés » à faire et un mari qui la quitte. Sa vie va changer le jour où elle trouve dans les mains de sa grand-mère une lettre d’Ivy… Décidée à comprendre qui est cette Ivy, Sam va découvrir les secrets qui se sont longtemps cachés entre les murs de Ste-Margaret, cette institution qui va être détruite d’ici peu. Sa quête va lui permettre de déterrer d’étranges morts et une part de son passé.

On est très vite happé par cette histoire, par le sort de malheureuses condamnées à vivre sous la férule de religieuses étriquées persuadées d’agir pour le bien de ces pécheresses, et ce, avec la complicité hypocrite de la société. L’auteure s’intéresse plus particulièrement à l’enquête que mène Sam mais les quelques lettres d’Ivy qui parsèment le roman, permettent de découvrir l’univers des endroits épouvantables. Pour information, les derniers « Magdalen laundries » en Irlande ont fermé seulement en 1996...

Challenge Multi-défis 2020



jeudi 19 mars 2020

L’Aile des vierges

Domesticité, XXe siècle, condition des femmes, amour, sacrifice...

Angleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l'allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd. Car aujourd'hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d'une féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe. Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s'installer dans une chambre de bonne.
Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n'est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu'elle n'est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d'un long chemin passionnel vers la liberté.


Commentaire : 
Je ne connaissais pas Laurence Peyrin, c’est chose faite maintenant après la lecture de ce roman qui m’a fait passer un très agréable moment de lecture. Ce n’est pas le chef d’œuvre de l’année, mais l’intrigue est correcte, l’écriture aussi, que demander de plus ? Un personnage féminin plus sympathique peut-être, en tout cas moins têtue voire bornée. Quand Maggi Fuller arrive comme domestique dans un magnifique manoir, elle a bien du mal à accepter ce qu’elle considère comme une dégringolade sociale. Elle dont la mère et la grand-mère ont été de farouches féministes, va devoir servir des aristocrates, vider les pots de chambres, etc. Et si la personnalité de Pippa-ma-chère (Lady Lion-Thorpe, maîtresse du manoir) la conforte dans le rejet de tout ce qui est noble, la présence de Lord John Lyon-Thorpe la trouble profondément. Les voilà bientôt amants, que c’est risible se dit-elle, le maître et la soubrette, une chanson connue et qui ne peut pas durer. C’est du moins ce que se dit Maggie qui ne veut pas croire que c’est possible. Et il lui faudra des années et un continent différent pour accepter l’amour de ce John.

C’est donc un roman agréable à lire, certains chapitres sont légers, d’autres plus graves, on n’échappe pas à quelques facilités (ah les mains de John !) mais au bout du compte, cela fait du bien cette lecture en ces temps anxyiogènes.


mardi 17 mars 2020

L’archipel des lärmes

Féminicide, enquête, condition féminine...

Une nuit de février 1944 à Stockholm, une prostituée est retrouvée morte, clouée au sol, par Elsie, l’une des premières femmes à être entrée dans la police suédoise. Trente ans plus tard, une autre femme est assassinée dans la même banlieue endormie. La mise en scène est identique - le viol, le cadavre, les clous. Britt Marie tente de mener l’enquête en dépit des difficultés qu’elle rencontre dans un milieu d’hommes. Malgré cela, le meurtrier récidive dans les années 80 et c’est Hanne en tant que profileuse, qui va participer à la chasse à l’homme. Lorsque, de nos jours, une nouvelle victime similaire est découverte sous un parking en cours de démolition, l’affaire est confiée à Malin, jeune policière de Stockholm bien décidée à ce que la série de meurtres s’achève là. Mais pour toutes ces femmes flics liées par ce terrible tueur en série, les conséquences de cette traque pourraient s’avérer dévastatrices.

Commentaire :
J’ai découvert Camilla Grebe en lisant « Un cri sous la glace » qui m’avait beaucoup plu. Aussi n’ai-je pas hésité quand j’ai vu que je pouvais  lire « l’Archipel des lärmes » grâce aux Editions Calmann-Lévy et Netgalley que je remercie au passage. L’intrigue policière se déroule sur plus de 70 ans et met en lumière quatre femmes qui vont être confrontées à des meurtres suivant le même modus operandi : à l’exception de la première victime qui est mariée et a 8 enfants, toutes les autres sont célibataires avec un enfant et elles sont tuées de la plus horrible des façons, clouées au sol…

Le roman se découpe en quatre parties, la première est vite expédiée (je ne vous dirai pas pourquoi) mais le personnage d’Elsie, la jeune auxiliaire qui découvre la première victime, va hanter les esprits des trois autres femmes, notamment sa fille Britt-Marie qui se retrouve confrontée aux meurtres de cet Assassin. Est-ce la même personne ou un copy cat ? Britt-Marie devient vite obsédée par cette affaire d’autant qu’elle se sent quelque part obligée d’agir par rapport à sa mère. Mais son supérieur accepte mal sa présence dans la police, rejette ses suggestions avec mépris, considérant que sa place est à la maison. C’est ce qui est intéressant aussi dans ce roman : on voit comment les femmes ont pu, peu à peu, s’imposer dans un métier que certains considéraient comme uniquement accessibles aux hommes. On voit aussi, à travers le personnage de Hanna, l’apparition de profileuses, suscitant chez ceux qui l’écoutent un scepticisme à peine voilé. En tout cas, les années passent et les meurtres reviennent sans qu’on trouve le coupable. L’auteure nous envoie  sur de fausses pistes, j’ai cru longtemps que le criminel se cachait parmi des gens hors de tout soupçons, j’ai donc été stupéfaite quand le véritable assassin nous est révélé. J’ai donc passé un très bon moment de lecture et je vous recommande ce roman.